FACE À L’ILLETTRISME, LE ROTARY ÉCRIT SA RÉPONSE

Magazine 877 - Septembre 2026

Septembre est chaque année le mois dédié par le Rotary International à la lutte contre l’illettrisme, l’une de ses sept causes prioritaires. Partout dans le monde les Rotariens agissent de multiples façons contre ce fléau lié à la pauvreté et à l’obscurantisme. Un mal qui touche tous les pays, même les plus développés.

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800 millions de personnes de plus de 15 ans sont illettrées dans le monde. Un chiffre alarmant, une situation associée à l’absence de tout avenir prometteur pour des populations souvent livrées à la violence, aux migrations incontrôlées et aux manipulations des esprits. Face à ce constat, de nombreuses initiatives rotariennes, souvent pérennes, sont entreprises.

 

 

Développer des infrastructures

 

L’absence d’eau potable ou d’électricité dans des écoles de beaucoup de pays rend très difficile l’apprentissage des savoirs. L’aménagement d’une école au Cambodge a été réalisé par le Rotary club Gien Sully-sur-Loire ; l’école primaire de Prey Svey, située dans la région de Brahma Kesa, vient d’être dotée en électricité et en eau courante. Les actions menées par le club français tout au long de l’année passée ont permis de financer, avec le concours du district 1720, les travaux. Des panneaux solaires ont été installés, l’énergie renouvelable permet de pomper de l’eau et d’assurer une ventilation. Ces aménagements contribuent au confort de l’école et facilitent l’instruction des enfants.

 

Le forage de puits est parfois indispensable pour faire fonctionner décemment une école. C’est l’action entreprise au Sénégal par le Rotary club Béthune Brunehaut en faveur de l’école du village de Ndioudiouf, situé à plus d’une heure de route de Saly. Avec le soutien de la Fondation Rotary, ce club du Pas-de-Calais a non seulement réhabilité une salle de classe auparavant construite en matériaux précaires, mais aussi construit des puits permettant l’accès à l’eau potable pour tout le village. Fournir une eau potable sur place n’oblige plus les enfants à accomplir des corvées d’eau quotidiennes, le temps économisé étant dorénavant consacré à l’instruction.

Des événements climatiques ne permettent plus à des établissements scolaires de fonctionner, comme ce fut le cas à Madagascar après le cyclone Genazi. L’intervention du Rotary club Saint-Joseph (La Réunion), fournissant une bâche de 80 m2 grâce au don de l’un de ses membres, a permis la poursuite des cours avant d’attendre la réparation du toit.

Au-delà des bâtiments, les écoles ont besoin de matériels pour assurer l’instruction.

 

 

Équiper des écoles

 

Les régions rurales des pays en voie de développement font l’objet de la majorité des actions entreprises. Pratiquement toutes les localités disposent d’un bâtiment dédié à l’enseignement, mais faute de moyens l’enseignement ne peut se faire. Le Rotary club Djibouti est particulièrement investi dans ce domaine en soutenant plusieurs écoles de la région de Tadjourah. Ce club apporte livres, moustiquaires, couvertures et ordinateurs, à travers des

itinéraires escarpés, nécessitant l’appui logistique de militaires du pays. Les Rotariens constatent que, malgré des moyens limités, les responsables des écoles et les chefs de village restent pleinement mobilisés pour favoriser l’éducation.

Cette opération a nécessité tout une chaîne de partenariats : une grande maison d’édition française et le Rotary club Dijon Gevrey Chambertin ont fourni des ouvrages ; le Rotary club Chambéry a collecté des couvertures ; une banque djiboutienne a offert des ordinateurs, contribuant à l’introduction de la technologie dans ces écoles rurales. Plusieurs Rotariens ont apporté, à titre personnel, ustensiles de cuisine, couverts et équipements ménagers en réponse à des besoins identifiés sur place.

Tous ces efforts ne suffisent pas si les familles s’opposent à la scolarisation de leurs enfants, d’où des efforts de persuasion consentis par les Rotariens.

 

 

Motiver les familles à scolariser leurs enfants

 

De nombreux parents n’envoient pas leurs enfants à l’école dans la mesure où ceux-ci participent aux tâches ménagères du foyer ou travaillent pour de modestes revenus. La fourniture de repas gratuits à l’école peut être l’argument décisif pour accepter la scolarisation des enfants. C’est dans cette optique que sept Rotary clubs du Bénin, appuyés par le Comité interpays (CIP) France-Bénin, ont créé une cantine scolaire à Klouékanmé, au sud-ouest du pays. Des repas quotidiens sont a présent fournis à tous les enfants, dont ceux issus de hameaux éloignés. Des Rotariens se sont investis dans la construction de la cantine, ainsi que dans la création d’un jardin potager. Depuis cette année, les écoliers étudient dans de meilleures conditions.

L’absence de sanitaires constitue également un frein à la scolarisation, surtout pour les jeunes filles. Afin de remédier à ce problème, des clubs fournissent les équipements nécessaires. C’est le cas de l’action conduite par le Rotary club Abidjan Biétry qui a fait réhabiliter les latrines du collège moderne Danho Paulin, dans la commune d'Attécoubé, près d’Abidjan. Cette réalisation s'inscrit pleinement dans les causes prioritaires du Rotary, notamment l'éducation de base, la prévention et le traitement des maladies, ainsi que l'accès à l'eau et à l'assainissement en garantissant des installations hygiéniques durables.

Une bonne vue est également indispensable pour apprendre à lire ; trop d’enfants de pays en voie de développement n’ont pas accès à des soins ophtalmologiques ; pour cette raison, plusieurs Rotary clubs de Casablanca entreprennent régulièrement des caravanes médicales qui se rendent dans diverses localités marocaines contrôler la vue des enfants. Des lunettes sont alors fournies aux élèves qui peuvent ainsi poursuivre leur scolarité dans de meilleures conditions.

Enfin, dans certaines régions déshéritées, les salaires des enseignants ne sont plus assurés ; des clubs agissent pour que les professeurs des écoles soient rétribués, à l’instar du Rotary club Rueil-Malmaison qui intervient à Madagascar. Appuyée par ses trois clubs contact – Zeebrugge Oosthoek (Belgique), Recklinghausen-Vest (Allemagne), Roma Capitale (Italie), ainsi que par une entreprise ruelloise, l’action du club français prend en charge les salaires de huit enseignants. Ce soutient s’ajoute à des dons de fournitures scolaires et de repas pour les élèves. Le suivi sur place est assuré par le Rotary club Antananarivo Mahamasina. Cette école compte beaucoup d’enfants des rues, âgés de 8 à 14 ans, déscolarisés et parfois sans famille. L’appui des Rotariens offre à ces jeunes la possibilité de suivre une scolarité. Ce bagage essentiel — savoir lire, écrire et compter — multiplie leurs chances d’insertion professionnelle et de perspectives d’avenir dans l’un des pays les plus pauvres de la planète.

Néanmoins, l’illettrisme touche aussi les pays les plus avancés.

 

 

Intervenir aussi dans les pays développés

 

L’illettrisme est loin d’avoir disparu en occident, il progresse même dans plusieurs pays. Une action nationale a lieu en France chaque année pour sensibiliser le grand public à ce fléau. Il s’agit de la Dictée du Rotary, créée il y a 14 ans dans le district 1760 qui, aujourd’hui s’est étendue au monde francophone. L’édition 2026 a connu un record de participation avec près de 25 000 personnes à travers 28 pays. L’épreuve consiste à faire une dictée sur un même texte écrit spécifiquement pour l’événement. Outre le fait de sensibiliser tout un chacun à l’illettrisme, les recettes de cette manifestation sont destinées à soutenir des initiatives de lutte contre ce fléau. Cette année, des sessions ont été organisées dans des centres pénitentiaires à Brest et Rennes. La population carcérale est en effet particulièrement touchée par l’illettrisme. Pendant des années, des Rotary clubs de l’Isère ont par exemple remis des dictionnaires à des détenus, en partenariat avec une maison d’éditions de dictionnaires. Des actions similaires sont aussi réalisées dans la France d’Outre-mer, notamment en Nouvelle-Calédonie. Depuis plus de 10 ans, le Rotary club Nouméa Ouen Toro distribue des dictionnaires à des classes de CE1 de la Province Sud de l’archipel. Il s’agit de donner goût à la lecture des jeunes apprenants et ainsi combattre l’illettrisme dès le plus jeune âge.  « La lecture en cadeau » est une action menée par le Rotary club Québec en faveur d’enfants de milieux défavorisés. Des livres sont offerts, sélectionnés par des Rotariens, avec le concours de deux libraires spécialisés dans les éditions pour la jeunesse. Le but est de lutter contre l’illettrisme en encourageant la lecture d’ouvrages adaptés à chaque âge.

Les actions de sensibilisation incluent parfois des personnes elles-mêmes en grande difficulté scolaire. C’est en particulier le cas d’un prix d’écriture proposé à des personnes accueillies dans des Établissements et services d'accompagnement par le travail (ESAT) de Moselle.

Le prix « Écris, lis et rêve », initié par le Rotary club Metz La Fayette dans le cadre de la lutte du Rotary contre l’illettrisme, est entrepris cette année par les Rotary clubs Thionville Malbrouck et Saint-Avold. Au-delà d’un diplôme de participation, chaque lauréat reçoit une récompense en présence de la presse et d’élus.

 

 

Poursuivre un combat à long terme

 

Lors du Forum organisé en mars dernier au siège de l’Unesco, à l’initiative du district 1660, sur l’avenir du multilatéralisme au service de la paix, l’éducation a fait l’objet d’une table ronde spécifique. Éléonore Caroit, ministre de la Francophonie, a souligné le lien entre l’instruction et la croissance économique d’un pays, déplorant que 60% des enfants du monde ne sont pas en mesure de comprendre un texte simple. Le combat du Rotary est plus que jamais d’actualité.

 

 

Ne pas confondre illettrisme et analphabétisme

Un analphabète est une personne qui n’a jamais appris à lire ou à écrire alors qu’un illettré est quelqu’un qui a appris ces notions mais ne les maîtrise pas.

 

 

 

TEXTE DE CHRISTOPHE COURJON

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