ALAIN VAN DE POEL : REGARD SUR 2 ANS PASSÉS À LA DIRECTION DU RI
Vice-président sortant du RI, Alain Van de Poel revient sur une période intense à la tête de notre organisation. Dans cet entretien, il s’exprime sur le rayonnement international du Rotary et sur les défis auxquels celui-ci est confronté dans le monde. Alain plaide pour davantage d’humilité et d’éthique, et pour une meilleure adaptabilité aux réalités régionales. « Les seules choses auxquelles nous ne pouvons pas toucher, ce sont nos valeurs et le Critère des quatre questions ». Il répond aux questions de Contact Rotary, magazine qui couvre la Belgique et le Luxembourg.
Quel bilan tirez-vous du sommet Fusion, organisé à Bruxelles en septembre dernier ?
Avec 2 172 personnes inscrites, le bilan est résolument positif. En outre, c’était le premier sommet rotarien à rassembler l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient. La majorité des intervenants étaient des non Rotariens venus parler de nos valeurs, et c’est là une idée qu’il me tenait à cœur de réaliser. Un moment fort fut l’audience que nous avons obtenue avec le roi Philippe à Laeken. Avec le président du RI, Francesco Arezzo, nous sommes restés près d’une heure dans le bureau de Sa Majesté, qui avait très bien préparé le sujet ! Cette rencontre est une reconnaissance formelle importante pour le Rotary.
Après le sommet, le RI a réalisé une enquête indépendante : la majorité des participants se sont montrés satisfaits de la tenue de l’évènement et souhaitent que ce type de manifestation soit réitéré. Le RI s’est dit lui aussi intéressé car il envisage de repenser l’organisation des grands sommets rotariens.
Rien à améliorer pour la prochaine édition ?
D’un point de vue purement pratique, la traduction simultanée ne s’est clairement pas montrée à la hauteur. Sur ce plan, l’IA a encore du chemin à faire... Sinon, je pense que nous aurions dû octroyer un peu plus de temps pour favoriser les échanges d’idées entre les participants, de préférence dans un lieu de rencontre dédié.
En tant qu’administrateur puis vice-président du RI, qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans votre fonction ?
La dimension et la force internationales de notre organisation, que nous sous-estimons à bien des égards. Nous ne nous rendons pas compte de notre impact sur le plan global. Mais ce n’est pas de la faute des clubs s’ils ignorent cela, c’est dû au fait que nous n’en faisons pas suffisamment la publicité. Les programmes d’économie d’échelle, largement méconnus, en sont un bel exemple. Nous restons encore et toujours trop modestes par rapport à l’ampleur de ce que nous entreprenons et à la reconnaissance dont nous jouissons dans quelque 200 pays et territoires.
Quelles sont les spécificités européennes du Rotary ?
Le Rotary est mondial dans le partage de ses valeurs et de son Critère des quatre questions, mais j’estime que l’adaptabilité régionale est un point essentiel pour le Rotary du futur. L’idée est déjà en marche puisque nombre de séminaires d’importance (effectif, image publique...) vont – et c’est une première – se dérouler sous l’égide de nos bureaux régionaux. Cette décentralisation permettra de mieux nous adapter aux spécificités réelles de nos régions.
Qu’avez-vous appris de vos voyages à travers le monde ?
Justement, je me demande s’il existe une seule spécificité purement européenne. Car le Rotary belge n’est pas le Rotary italien, qui lui-même diffère pas mal du Rotary français. Allons même plus loin, un club citadin se distingue d’un club rural. Ce qui nous ramène à notre grande diversité, une de nos forces qu’il faut respecter et encourager également.
Quel est le plus grand défi auquel le Rotary est confronté ?
Sa pérennité, et donc sa capacité à réfléchir à son avenir, dans un sens bien plus large que le simple développement de l’effectif. Nous parlons beaucoup de changement mais avons du mal à l’implémenter, déjà parce que nous évoluons dans un monde de bénévoles et que ceux-ci ont du mal à accepter les injonctions... Pourtant, si l’on considère la structure du Rotary depuis 1905, on constate qu’elle n’a guère évolué, avec le club comme pilier central. Attention, je ne dis pas qu’il faut bousculer cette notion, ou celle du rôle du district par exemple, mais ne pas se pencher sur la question équivaut à mener la politique de l’autruche. Dans notre réflexion, il faudrait être capable de se débarrasser de tous nos filtres et aprioris. Les seules choses auxquelles nous ne pouvons toucher, ce sont nos valeurs et le Critère des quatre questions.
Vous étiez également membre du comité exécutif du RI...
Celui-ci est composé de sept membres qui, à l’exception du président et du président élu, sont tous des administrateurs de la seconde année. Ce comité amène et prépare en amont bon nombre de sujets de discussion qui sont soumis au conseil d’administration du RI. Une chose que j’ai remarquée, au sein de cet organe, c’est la nette recrudescence du nombre de plaintes (entre membres, entre un membre et son club ou le district, etc.) qui nous parviennent. Je regrette ce côté procédurier mais nous sommes soumis à un devoir d’analyse pour chacune d’entre elles. C’est malheureusement le reflet de notre société actuelle, où chacun veut avoir raison, souvent pour flatter un ego surdimensionné. Un retour à une certaine sérénité et à un peu plus d’éthique me semble nécessaire...
Récemment, le RI a réexaminé et remodelé ses zones. Quelles en sont les conséquences ?
J’ai eu la chance de présider le comité « rezoning », et ce fut une expérience incroyable qui a duré un an. Une longue préparation est effectuée en amont par des groupes de travail représentant de manière aussi fidèle que possible les 34 zones géographiques que
compte notre organisation. La zone n’a aucune influence régionale, elle n’existe que pour permettre l’élection des administrateurs qui composent le conseil d’administration (17 membres en alternance). Il faut faire approuver la nouvelle carte géographique des zones mais aussi, par la suite, les sections, les jumelages (chaque zone étant accolée à une autre) et enfin le calendrier de rotation des administrateurs. Tout cela a été voté à l’unanimité, ce qui n’arrive pas souvent. Le fait le plus marquant est que l’Afrique compte désormais deux zones et sera donc toujours représentée au conseil d’administration du RI, tout comme l’Allemagne d’ailleurs. A contrario, la Scandinavie, par exemple, perd une zone. L’objectif de ces remodelages est de maintenir un nombre à peu près équivalent de Rotariens dans chaque zone.
En cette période de fortes tensions géopolitiques, comment le Rotary peut-il rester un acteur pertinent dans la promotion de la paix ?
Plus que jamais, le Rotary a un rôle à jouer sur ce plan, et j’ai demandé, lors de la dernière réunion du conseil d’administration, à ce que le RI communique davantage au sujet de nos réalisations en la matière et des évènements que nous avons organisés – par exemple la signature formelle d’un pacte d’amitié entre les districts du Maghreb et ceux de France et d’Italie, ou encore le récent forum organisé par le Rotary au siège de l’Unesco à Paris.
On dit parfois qu’au Rotary, il y a beaucoup de « fortes têtes »... Considérez-vous cela comme un atout ou un obstacle ?
Un atout. Nous avons besoin de personnalités non pas qui imposent leurs idées, mais qui les communiquent et les défendent avec force et conviction... dans le respect de nos valeurs, bien évidemment.
Quels conseils donneriez-vous à votre successeur ?
Faire preuve d’humilité. Durant mon mandat, j’ai eu la chance de m’occuper de la formation des administrateurs élus. Je leur ai répété qu’il s’agit avant de tout de faire honneur à notre fonction et de l’exercer avec humilité, par respect pour les Rotariens qui sont dans les clubs et qui font « tourner la machine » jour après jour. La simplicité et la modestie facilitent l’instauration d’un dialogue vrai et sincère.
PROPOS RECUEILLIS PAR CONTACT ROTARY
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