LE PALUDISME, UN FLÉAU AUQUEL S’ATTAQUE LE ROTARY

Magazine 874 - Juin 2026

Maladie responsable de 600 000 décès par an dans le monde, le paludisme (ou malaria) fait l’objet d’engagements rotariens afin de le combattre. Des initiatives d’envergure nationale comme locale s’appuient aussi bien sur des actions de prévention que de traitement.

Image LE PALUDISME, UN FLÉAU AUQUEL S’ATTAQUE LE ROTARY

Le paludisme est une maladie infectieuse transmise par la piqûre de moustiques. Une fois dans l’organisme, les parasites se développent, provoquant de fortes fièvres, des complications graves et, dans les cas les plus sévères, la mort.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 250 millions de cas sont recensés chaque année dans le monde. Les enfants de moins de cinq ans représentent les trois quarts des décès, confirmant que le paludisme demeure l’une des principales causes de mortalité infantile sur terre. Cette maladie se concentre très largement en Afrique subsaharienne, qui représente à elle seule 95 % des cas mondiaux. Dans des pays comme le Nigeria, la République démocratique du Congo, le Niger, le Mozambique ou le Burkina Faso, la maladie constitue une menace quotidienne.

Face à ce fléau, le Rotary agit à différents niveaux.

 

 

La Zambie, pionnière d’une campagne à grande échelle

 

Depuis 2021, la Fondation Rotary accorde une subvention annuelle unique de 2 millions de dollars destinée à financer une action « évolutive » s’inscrivant dans au moins l’une des sept causes prioritaires du Rotary International. Cette aide s’intitule « subvention pour un programme d’économie d’échelle ».  Il s’agit d’une action planifiée de manière à être élargie, approfondie et perfectionnée. La toute première subvention pour un programme d’économie d’échelle a été accordée à « Partenaires pour une Zambie sans paludisme », projet élaboré par des Rotariens de ce pays. Pendant des années, les Rotariens zambiens s’étaient appuyés sur des subventions mondiales de la Fondation Rotary qui ont permis de former des travailleurs de santé locaux. Des résultats encourageants ont motivé les Rotariens à étendre ce programme. Le programme « Partenaires pour une Zambie sans paludisme » a remporté l’adhésion de la Fondation Rotary en partie grâce à l’apport financier de World Vision U.S. et de la Fondation Bill & Melinda Gates. Ces deux grandes fondations américaines ont versé deux millions de dollars chacune, ce qui a totalisé 6 millions de dollars pour ce projet. Celui-ci a formé et équipé 2 500 travailleurs de santé locaux en Zambie en vue de renforcer les efforts déployés par le gouvernement pour éradiquer le paludisme dans le pays.

Le Rotary étant implanté dans toutes les provinces, ses relais avec la population ont été facilités par une parfaite connaissance du terrain et des mentalités. Cette valeur ajoutée a été déterminante pour que des fondations extérieures contribuent à un projet conduit par des Rotariens. La formation de 2 500 travailleurs locaux de santé, ainsi que de personnels d'établissements sanitaires et de fonctionnaires était indispensable. Ces travailleurs, dont certains ne sont pas rémunérés, disposent des traitements et équipements nécessaires, prennent en charge les patients, préviennent la propagation de la maladie, fournissent d'autres soins de santé, ce qui réduit la charge des dispensaires. Le projet a touché au total 1,3 million de Zambiens qui, pour la première fois, ont bénéficié de soins de santé au sein de leur communauté. Cela se traduit par le dépistage, le traitement et la prévention du paludisme, mais aussi par le traitement de maladies hydriques ou pulmonaires. Il s’agit réellement d’un programme d'économie d'échelle. Mis en place entre 2021 et 2024, ce programme a formé des agents de santé communautaires au dépistage et au traitement du paludisme près du domicile des habitants afin qu’ils n’aient pas à parcourir de longues distances pour se rendre dans un dispensaire. Cet accès plus aisé à des soins se traduit une détection plus fréquente et un traitement plus rapide réduisant ainsi le nombre de cas graves et de décès.

Grâce à cette subvention des programmes d'économie d'échelle, les résultats observés en 2026 montrent un net recul de la mortalité due au paludisme en Zambie.

Cette initiative continue de s’étendre à travers l’Afrique grâce à une initiative élargie, le « Défi des communautés en bonne santé » du Rotary.

 

 

Un groupe d’action du Rotary dédié

 

Le « Rotarians Against Malaria (RAM), rassemble rassemble 4500 Rotariens dans le monde. Comme le souligne Georges Spyrou, membre du Rotary club Bruxelles Vésale, « ce groupe d’action du Rotary travaille sur des projets d’information bien ciblés, dans plusieurs pays ». C’est notamment le cas en Guinée, comme en témoigne Amadou Gueye : « nous avons réuni à Thia Boffa des leaders communautaires, des groupes de jeunes et des agents de santé pour renforcer l’engagement local contre le paludisme. Grâce à ces initiatives, nous avons atteint des milliers de personnes, sensibilisé, mené des dépistages, distribué des traitements et contribué à l’autonomisation des communautés avec de l’information et des outils vitaux ».

L’action de Rotariens est renforcée lorsque des projets sont conduits avec des chercheurs.

 

 

Un partenariat Rotary – Institut Pasteur

 

Des clubs du district 1660 (Paris et Ouest de la région parisienne) sont investis depuis 15 ans dans des projets portés par l’Institut Pasteur de Paris, l’un des principaux acteurs de recherche au monde sur le paludisme. À travers ce partenariat, des clubs de ce district entreprennent des actions dans le but de soutenir différents instituts Pasteurs du monde à acquérir des matériels et former des personnels dans les pays touchés par cette maladie. Chaque année, un club du district 1660 pilote un projet, soutenu par d’autres clubs du district et de clubs contacts. C’est actuellement le cas du Rotary club Versailles Parc, comme l’explique Jean Daloglou, membre de ce club et référent de la Fondation Rotary du district : « nous travaillons avec l’Institut Pasteur de Niamey (Niger) sur un projet auquel adhèrent 11 autres clubs du district 1660 ; 50 000 € ont été réunis par les clubs, la même somme est apportée par la Fondation Rotary dans le cadre d’une subvention mondiale. » Ce projet d’environ 100 000 € consiste à trouver un traitement spécifique pour les femmes enceintes atteintes de paludisme, et dont l’enfant ne survivra pas ou sera atteint d’un sévère handicap. « C’est la première fois qu’un Institut Pasteur travaillera sur ce traitement particulier, l’objectif à terme étant d’étendre le protocole de suivi à l’ensemble des pays exposés par le paludisme » précise Jean Daloglou.

Ce projet actuel au Niger est le 10e entrepris dans le cadre du partenariat entre l’Institut Pasteur de Paris et le district 1660. Les projets soutenus ont surtout concerné l’Afrique (Cameroun, Centrafrique, Côte d’Ivoire, Niger, Sénégal) mais aussi le Cambodge et…la France à travers un projet réalisé en Guyane.

 

 

Des initiatives nationales et locales de santé publique

 

Début 2026, un important appel à mobiliser des ressources pour lutter contre le paludisme a été lancé par des Rotariens de République démocratique du Congo (RDC). Le consortium Rotary - Word Vision – Path, en collaboration avec le ministère de la santé, a tenu dans le cadre du projet « Défis du Rotary pour des collectivités en bonne santé » une conférence axée sur le renforcement de l’engagement national pour l’élimination du paludisme. À l’issue de cette rencontre, un appel à l’action a été adressé aux autorités nationales et locales afin qu’elles allouent des ressources aux programmes contre cette maladie et l’inscrivent au rang de priorité de développement. L’objectif est de mettre en place un fonds multipartie destiné à garantir l’efficacité du travail des agents de santé communautaire ; il s’agit aussi d’impliquer l’ensemble des populations et organisations de la société civile au cœur de la prévention, de la sensibilisation et de la demande de soins.

Au-delà des initiatives nationales comme celle de RDC existent des projets locaux soutenus par des clubs. Le Rotary club Libreville Bantou, en collaboration avec le Programme national de lutte contre le paludisme, a récemment fait un don de tests de diagnostic rapide (TDR) au dispensaire près de Libreville. Une formation du personnel médical sur l’utilisation de ces tests est assurée. Grâce à cette initiative, un enfant testé positif bénéficie d’une prise en charge immédiate.

Combattu à tous les niveaux, le paludisme sera en voie de régression.

 

 

Un futur engagement mondial du Rotary ?

 

Le paludisme est une maladie évitable qui peut être prévenue et traitée grâce à des interventions éprouvées. L’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide, les campagnes de pulvérisation, les tests de diagnostic rapides et l’accès à des traitements précoces permettent de réduire significativement les risques. Compte tenu d’effets du changement climatique, le paludisme pourrait réapparaître dans des pays de l’hémisphère Nord. Il ne s’agit donc pas d’un problème touchant uniquement des pays en voie de développement.

Alors que l’éradication complète de la polio se rapproche, des Rotariens estiment que le prochain grand défi sanitaire du Rotary International pourrait être la lutte contre le paludisme. Une réflexion s’impose.

 

 Les mesures contre le paludisme

Le combat contre cette maladie repose sur une combinaison de plusieurs mesures, qui visent la prévention, ou la guérison des malades.

Il est possible de prévenir le paludisme, en évitant les piqûres de moustiques par des moustiquaires, des habits couvrants, l’usage d’insecticides et de produits chimiques qui repoussent les moustiques.  L’élimination des eaux stagnantes prive également les moustiques de leur lieu de ponte et diminue leur population.

Pour guérir de cette maladie, des médicaments existent comme les dérivés de l’Artémisinine, ou la Primaquine, la Tafenoquine etc.

Deux vaccins sont utilisés :  le vaccin RTS,S dit Mosquirix (inventé en Belgique) et le vaccin R21 dit Matrix-M™ (inventé en Angleterre).  Ils offrent une protection qui peut dépasser 70%.

 

 

La subvention pour programme d’économie d’échelle

Pour obtenir de la Fondation Rotary cette subvention d’un montant de 2 millions de dollars, le programme doit présenter les caractéristiques suivantes :

- Une action similaire a été couronnée de succès dans le passé.

- Une forte probabilité de fonctionner à grande échelle.

- Une structure cohérente et fondée sur l'expérience.

- Un lien avec des partenaires possédant l'expérience, la confiance et le leadership nécessaires pour élargir le programme avec le Rotary.

- Des co-bailleurs de fonds ont la capacité de soutenir le programme.

- Une mise en place durable et alignée sur les efforts du gouvernement du pays.

- Des indicateurs de réussite clairs et des méthodes pour les mesurer.

- Une réponse à une forte demande.

- Une implication de Rotariens qui ont levé des fonds, mobilisé les collectivités et sensibilisé l’opinion au niveau national.

- Un potentiel de s'élargir davantage.

 

 

TEXTE DE CHRISTOPHE COURJON

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