BRISER LES CHAÎNES DE L’ESCLAVAGE MODERNE

Magazine n°835 - Mars 2023

Fléau toujours persistant, l’esclavage sous diverses formes est combattu par des Rotariens. Des initiatives, essentiellement de Rotary clubs américains, sensibilisent le grand public ainsi que les gouvernants sur cette criminalité qui touchent non seulement les pays les plus pauvres, mais aussi – à moindre mesure- les nations économiquement avancées.

Image BRISER LES CHAÎNES DE L’ESCLAVAGE MODERNE

À travers les nombreuses facettes de la criminalité dans le monde, le trafic d'êtres humains est l'un des plus difficiles à combattre. Les Nations unies estiment que plus de 40 millions de personnes en sont victimes dans le monde, que ce soit dans leur pays natal ou dans une terre d’émigration. Regard sur des initiatives concrètes entreprises par des Rotariens.

 

 

Des clubs fondés pour défendre cette cause

 

Parmi les nouvelles formes de Rotary clubs instituées ces dernières années figurent les clubs thématiques. Des personnes passionnées par une cause particulière ont en effet la possibilité de créer un Rotary club afin de s’y investir pleinement. Certains Rotary clubs, dénommés écoclubs,  sont dédiés à la protection de l’environnement, d’autres à la lutte contre l’illettrisme. Six clubs, tous situés aux États-Unis, ont été fondés pour combattre spécifiquement les trafics d’êtres humains.

C’est le cas du Rotary club District 5950 Ending Human Trafficking, dont la présidente fondatrice - Karen Walkowski – souligne «  les nombreuses interventions faites par les membres du club afin de sensibiliser la population à ce fléau. » Ce club dont le siège est dans le Minnesota intervient non seulement dans cet État, mais également dans le Wisconsin, le Dakota du Nord ainsi que dans la province canadienne de l’Ontario. Les Rotariens organisent régulièrement des forums afin d’expliquer aux habitants qu’un véritable esclavage moderne a lieu parfois sous leurs yeux sans qu’ils ne s’en aperçoivent ; beaucoup d’ouvriers du bâtiment ou d’employés de maison, venus d’Amérique latine ou d’Asie, ne parlant pas anglais et dépourvus de papiers, sont exploités par des filières très organisées. Lors des forums organisés ou à travers les kits distribués, les Rotariens détaillent les signes qui doivent alerter un citoyen : traces de violences physiques telles que des hématomes ou des brûlures, signes d’anxiété dans le comportement de la personne, symboles tatoués sur le cou ou le bras par des gangs. Concernant les filles, des caractéristiques reviennent souvent : habillement et maquillage destinés à les vieillir, accompagnement d’un soi-disant petit ami bien plus âgé etc. Des policiers sont parfois présents à ces forums et les numéros de téléphone dédiés aux dénonciations de trafics humain sont communiqués.

Un Rotary club dont le siège est situé dans l’État de Washington est dédié à la lutte contre l’esclavage sexuel : Virginia McKenzie a fondé en 2021 le Rotary club Pacific Northwest ending sex trafficking à la suite d’une conférence donnée par une association de lutte contre le trafic d'êtres humains dans son ancien club. Le conférencier avait présenté une initiative consistant à publier une fausse annonce indiquant la vente d'un jeune de 15 ans à des fins sexuelles. En deux heures, son association avait reçu 250 appels, provenant pour la plupart de commerces du centre-ville de Seattle. « Instantanément, j'ai ressenti une colère froide, une peur incommensurable et une profonde tristesse, tout cela à la fois », déclara Virginia McKenzie. Elle a notamment formé un millier de professionnels de la santé à reconnaître les signes indiquant qu'une personne est victime (tatouages, escortes suspectes, incapacité à savoir dans quelle ville elle se trouve ou quel jour on est) et à réagir en tenant compte des traumatismes tout en respectant la législation. Le Rotary club Pacific Northwest ending sex trafficking compte 25 membres, pour la plupart de nouveaux Rotariens, ainsi que plusieurs personnes qui avaient quitté le Rotary. L’action de ce club thématique a motivé des clubs traditionnels à se joindre à ce combat : des dizaines de personnes dans l’État de Washington ont planté leurs tentes dans un camping ou dans leur jardin pour attirer l’attention sur le trafic d’êtres humains. « L’action Shine a light through the night (Diffuser de la lumière toute le nuit) a permis de recueillir plus de 20 000 dollars », selon Mark Showalter, président du Rotary club Columbia Center Kennewick. Les sommes ont servi à fabriquer des documents de prévention contre cette criminalité. L’événement a été suivi sur les réseaux sociaux. Toutes ces initiatives américaines, de portée locale ou régionale, ont motivé des Rotariens à créer un réseau mondial à travers un groupe d’action du Rotary.

 

 

Un groupe d’action du Rotary constitué

 

Membre du Rotary club Norwich St. Edmund (Angleterre), Mark Little avait visité en Inde deux centres de réhabilitation d'enfants victimes d'esclavage. « J'ai écouté les témoignages de certains d'entre eux et me suis dit que nous devions faire quelque chose ». Mark Little a fondé le groupe d’action du Rotary contre l'esclavage* qui compte à ce jour 700 membres d’une cinquantaine de pays. Près de 4 000 personnes reçoivent sa lettre d'information. Actuellement, ce groupe d’action est présidé par Dave McCleary, un Rotarien américain pour lequel le trafic d'êtres humains lui semblait un phénomène lointain, qui se passait à l'étranger, et certainement pas dans sa ville. « J'ai pris réellement conscience de la situation. Aujourd’hui, lorsque l’on me demande où sévit l'esclavage moderne, je réponds : traversez n'importe quelle ville d'Amérique tard dans la nuit. Si vous voyez une enseigne affichant ‘'Massage’’ il y a de fortes probabilités que ce soit un lieu de trafic d'êtres humains. Il est possible que des étrangères y soient détenues et forcées de se livrer à des actes sexuels. » Ce groupe d’action diffuse à l’ensemble de la communauté rotarienne des conseils pour lutter efficacement contre l’esclavage moderne ; Dave McCleary cite notamment l’exemple de plusieurs Rotary clubs qui organisent une formation pour aider les chauffeurs de bus à reconnaître les signaux indiquant la présence d'un trafic et à savoir comment y répondre. Un Rotarien, propriétaire d'un fastfood à l’enseigne mondialement connue, a fait imprimer le numéro de téléphone d’une assistance nationale contre le trafic d'êtres humains sur les plateaux de repas, ce qui a permis d'aider cinq jeunes filles dès le premier mois.

Certains succès ne relèvent pas d'une action : une Rotarienne argentine a reçu un message d'une femme résidant au Mexique qu'elle connaissait grâce à un réseau social. Cette femme avait entendu parler d'une jeune fille victime d’un trafic dans l'État du Michoacán, où elle était séquestrée. La Rotarienne a pris contact avec le groupe d'action du Rotary contre l'esclavage, lequel a fait appel à ses correspondants à Mexico ; la jeune fille a été libérée dans les 24 heures. « C'est le genre de résultat que le Rotary peut obtenir », déclare Dave, ajoutant qu'il souhaite que le Rotary agisse davantage. « Nous croyons que la solution est un mouvement, pas seulement une série d'actions. » Dave Mc Cleary a été invité à une table ronde à la Maison blanche consacrée à la lutte contre les trafics d’êtres humains et a souligné les actions engagées par des Rotary clubs. Ce groupe d’action a d’autre part demandé aux Rotariens américains de faire pression sur leurs parlementaires fédéraux pour que soit votée une loi luttant contre le trafic d’êtres humains aux États-Unis (The end modern slavery initiative act). Ces interventions aux plus hauts sommets de l’État soulignent l’activité du Rotary dans le pays où il est né et où il bénéficie d’un grand prestige.

 

 

Un soutien de la Fondation Rotary

 

Des actions entreprises par des clubs dans ce domaine peuvent bénéficier d’une subvention de la Fondation Rotary. En Californie, le Rotary club District 5280 Community action against human trafficking a reçu une subvention mondiale pour créer un centre d'accueil pour les victimes à Topeka, ainsi qu'un plan pour enseigner à repérer les victimes.

En Inde, une école pour filles à Piyali Junction, près de Kolkata, a vu le jour grâce à l’action de Rotariens du pays, rejoints par des clubs étrangers, et appuyés par une subvention mondiale de la Fondation Rotary. Cette institution a été fondée par Deepa Biswas Willingham, Rotarienne très engagée, afin d’assurer l'éducation des filles et les protéger de l'esclavage, de la traite et du mariage forcé dans une communauté où ces dangers sont monnaie courante.

Si la grande majorité des victimes des trafics humains sont des filles et des femmes, des garçons sont parfois utilisés comme soldats dans des conflits régionaux.

 

 

Agir contre l’utilisation d’enfants soldats

 

Le Rotary club Rennes, pleinement conscient de cette réalité surtout répandue en Afrique, est intervenu en faveur d’enfants soldats qui ont échappé à leurs chefs. Un concert suivi d’une conférence-débat sur le thème « quel avenir pour les ex-enfants soldats ? » animé par le journaliste Philippe Chapleau a été proposé au public breton. Dix enfants et leurs accompagnants étaient sur scène pour un spectacle de danse ; ces garçons et ces filles, originaires d’Ouganda, avaient été enlevés à leurs familles par une organisation criminelle qui mène des combats armés dans la région des grands lacs. Ils ont été utilisés, avec une extrême violence, comme soldats et/ou esclaves sexuels. Aujourd’hui encadrés par une association, ces enfants réapprennent à vivre, reçoivent une instruction afin de connaître un avenir apaisé.
Le chant, notamment choral, contribue à ce processus de réparation. La soirée a permis au Rotary club Rennes de sensibiliser le public à l’utilisation répandue d’enfants lors de guerres actuelles et de venir en aide à ceux qui en échappent.

 

En février 2022, le conseil d'administration du Rotary International a approuvé une résolution qui encourage les Rotariens à se familiariser avec le problème croissant de l'esclavage moderne et à travailler à des solutions. Des ateliers consacrés à ces questions sont proposés lors des conventions du Rotary International, ce qui prouve l’intérêt croissant que portent les Rotariens à ce fléau d’un autre âge, et pourtant toujours d’actualité. Votre club peut s’intéresser à ce combat.

 

*Contacts : Rotary action group against slavery ( RAGAS)  https://ragas.online/

 

 

L’esclavage moderne en chiffres

Le Bureau international du travail estime que le trafic d’êtres humains représente actuellement dans le monde :

40 millions de personnes

71% des victimes sont des femmes ou des filles

150 milliards de dollars de revenus chaque année

 

 

Six Rotary clubs dédiés à cette cause

RC District 5280 Rotarians Fighting Human Trafficking (Californie): lucy@resilientsee.com

RC District 5710 Community Action Against Human Trafficking (Kansas): rotarycaaht@gmail.com

RC District 5840 to Combat Human Trafficking (Texas) :  combathumantrafficking5840@gmail.com

RC District 5950 Ending Human Trafficking (Minnesota): president@endhtrotaryclub.org

RC District 6710 End Human Trafficking (Kentucky):  ehtD6710@gmail.com

RC District 5030 The Pacific Northwest Ending Sex Trafficking (Washington):  susanna.southworth@gmail.com

 

 

TEXTE DE CHRISTOPHE COURJON

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