UNE FORÊT D’ACTIONS DE REBOISEMENT

Lutter contre l’avancée du désert, limiter les méfaits de la déforestation, favoriser les cultures vivrières sont des actions entreprises par des Rotary clubs à travers le monde. Des actions concrètes en faveur de la défense de l’environnement ainsi que pour le développement des économies locales.

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La protection de l’environnement devient l’un des sept axes d’action du Rotary International, les projets des clubs sur ce thème seront dès le 1er juillet 2021 éligibles à des subventions de la Fondation Rotary. Toutes les actions de reboisement nécessitent une prise de conscience des populations, et c’est dans cet esprit que les Rotariens sensibilisent en particulier la jeunesse.

 

 

Sensibiliser la jeunesse

 

Un samedi matin, des dizaines de jeunes de Dialakorodji, localité située près de la capitale du Mali, se rassemblent devant la mairie, à l’appel du Rotary club Bamako Yelen. Ils écoutent les Rotariens qui leur expliquent la nécessité de renouveler sans cesse les arbres afin de lutter contre la progression du désert et maintenir un équilibre naturel, en lien avec l’évolution du climat. Ils participent peu après à la plantation de 300 arbustes d'une dizaine d'espèces. Cette pédagogie se retrouve dans le pays voisin, la Côte d’Ivoire : un grand projet de sensibilisation des écoliers au respect de l’environnement est entrepris par le Rotary club Abidjan Cocody Sud. Conduit sous l’intitulé « Mon école verte », ce projet consiste à planter des arbustes dans des écoles primaires de la commune de Cocody. Les Rotariens expliquent aux écoliers la nécessité du reboisement et plantent avec eux les arbustes qui seront entretenus en permanence par les enfants. La sensibilisation de la jeunesse est également perceptible en France où des écoliers et des lycéens en apprentissage « jardinage » sont invités par le Rotary club Fréjus à participer à une opération de reboisement sur la route de Malpasset. Les témoignages de pompiers et de représentants de l’Office national des forêt (ONF) rappellent combien les incendies sont destructeurs, ainsi que le temps nécessaire pour que la flore se régénère.

La sensibilisation des jeunes touche aussi l'Islande, connue pour son manque naturel d'arbres. En 1950, le gouvernement a lancé une campagne annuelle de reboisement que les Rotary clubs ont adoptée. « De nombreux clubs islandais plantent des arbres depuis 1950 », affirme Soffía Gísladóttir, gouverneure du district 1360 qui couvre l’ensemble du pays. « Une nouvelle tendance est de collaborer avec les écoles pour planter des Vergers de la jeunesse composés d’arbres fruitiers et d’arbustes à baies », explique-t-elle. Les Rotary clubs Hof Garðabær et Keflavík font par exemple cultiver des terrains dans des écoles depuis juin 2020. Selon Soffía Gísladóttir, l’action « permet aux élèves et à leurs parents d’en savoir plus sur la végétation et d’être sensibilisés à un mode de vie respectueux de l’environnement ainsi qu’à la production et au gaspillage alimentaires ».

 

 

Reverdir le Sahel

 

La plus emblématique action rotarienne de reboisement est « Reverdir le Sahel ». Entrepris par le Comité inter pays France-Sénégal, soutenu par plusieurs districts et de nombreux Rotary clubs de France, ce projet a conduit à la plantation de 500 000 arbres au Sénégal, entre 2003 et 2008.  Cette action est née de l’initiative de Jacques Gasc, ingénieur agronome, alors membre du Rotary club Dakar. Il avait inventé le procédé Irrigasc, une sorte de chaussette en polypropylène de 1,20 m percée de trous, enfouie dans le sol à quelques cm du jeune plant d’arbuste. En ne versant qu’un litre d’eau par jour dans cette gaine, les racines ont été en permanence humidifiées, ce qui a permis aux pousses de devenir des arbustes, puis des arbres forestiers ou fruitiers. On estime que 50 000 personnes bénéficient à ce jour de cette opération de grande ampleur dans cette région située au sud-est de Dakar. L’avancée du désert est arrêtée dans cette région, et les migrations des populations sénégalaises vers les grandes villes se sont ralenties.

 

Cette vaste action au Sénégal connaît des répliques dans d’autres régions sahéliennes. Au Maroc, une opération de reboisement conduite par les membres du Rotary Marrakech Ménara s’étend sur six hectares du secteur forestier d’Essaouira, de Mogador et Canton nord. Plus de 8 000 plants de lycuim, acacia cyclops et acacia cyanophyla sont mis en terre, en collaboration avec le Haut-commissariat des eaux et forêts, dans le cadre de la lutte contre la désertification du sud marocain.

Des événements festifs ont lieu lors de plantations : pour célébrer la dernière journée mondiale de l’arbre, le Rotary club Tizi Ouzou et ses deux filleuls - le Rotaract club Tizi Ouzou et le Rotaract club Kabylie - ont choisi le cadre féérique de Timliline, un village kabyle où, dans une ambiance de fête, quelque 250 plants de diverses essences ont été mis en terre.

« La communauté villageoise nous a réservé un accueil des plus chaleureux, s’est occupée des questions de logistique : pelles, pioches, eau d’arrosage, grillage de protection des jeunes plants etc. Un succulent couscous au poulet offert par les habitants a clos cette magnifique journée » témoigne l’un des Rotariens.    

 

Plus au sud, le Rotary club Ouagadougou Savane organise chaque année depuis 15 ans un reboisement dans le village de Doundoulma. Les Rotariens plantent dans cette localité du centre du Burkina Faso un bosquet de 750 arbustes un dimanche, principalement des cailcédrats et des baobabs, avec toute la communauté villageoise. Cette action s’effectue en collaboration avec l’Unité de développement communautaire (UDC) de Doundoulma, programme du Rotary international qui encourage des non Rotariens à s’investir dans un projet, avec le concours des habitants et le soutien d’un Rotary club.

 

 

Sauver des espèces végétales et animales

 

Il y a 150 ans, les forêts tropicales couvraient 12% du territoire mondial, contre 5% aujourd’hui. L’habitat faunique est bien souvent menacé, comme dans la forêt de Maromizaha, dans l'est de Madagascar. Celle-ci abrite 13 espèces de lémuriens, 77 d'oiseaux, 60 d'amphibiens et un riche assortiment d'autres espèces de flore et de faune. Mais la demande de nouvelles terres agricoles et le besoin en charbon de bois des villages voisins grignotent peu à peu cette richesse naturelle. Aussi, les Rotary clubs Antananarivo Tsimbaroa (Madagascar), Annecy Tournette (France) et Torino Mole Antonelliana (Italie) se sont associés à un organisme local pour reboiser des dizaines d’hectares avec des espèces locales issues de graines sauvages, créant des emplois pour les familles et une infrastructure touristique. Les Rotariens forment également des habitants aux techniques de jardinage et fournissent 500 fourneaux améliorés qui réduisent la dépendance des familles au charbon de bois.

Les incendies qui ont fait rage en Grèce en 2018 ont décimé la faune locale et laissé un paysage calciné à l'est d'Athènes. Le Rotaract club Athina Filothei s'est associé à des agences publiques locales et à deux associations écologiques pour planter des arbres dans l'une des zones les plus touchées par cette catastrophe. « Le reboisement a eu lieu à Mati et à Rafina, dans l’est de l'Attique. Nous avons planté 200 arbres d’espèces locales. Les 18 membres du club ont tous prêté main forte pour reboiser et sensibiliser les habitants aux problématiques environnementales » explique Florentia Pikrou, Rotaractienne.

La préservation d’espèces végétales menacées est le thème de prédilection de Gabriela Fleury, ancienne boursière de la Fondation Rotary. Après avoir obtenu un master en biologie de la conservation de l'université du Cap, en Afrique du Sud, en 2016, cette Virginienne s'est consacrée à la réduction des conflits entre l'être humain et la faune sauvage. Elle travaille actuellement pour l’organisation Rainforest Trust, aux États-Unis. Cette organisation a sauvé 20 millions d’hectares de forêt tropicale au cours des 30 dernières années, en collaboration avec 75 partenaires dans le monde. « Cela prouve que de nombreuses personnes sont conscientes de l'importance de conserver des zones comme les forêts tropicales humides pour atténuer les effets du changement climatique » commente Gabriela.

 

 

Développer les cultures vivrières

 

« Tu vas voir de quel bois je me chauffe » est une expression qui n’est plus guère usitée en Haïti. Et pour cause : les habitants ont tellement coupé d’arbres sans en replanter que le pays en manque. De nombreuses interventions rotariennes ont régulièrement lieu, comme celle du Rotary club Port-au-Prince qui a récemment mis en terre 400 plantules d'avocatiers dans la commune de Mirebalais, dans le cadre d'un projet d'implantation d'un espace agricole financé par la Fondation Rotary. Rotariens et agriculteurs ont eu droit à des démonstrations de plusieurs professionnels de la terre issus de l'école d'agriculture de Zanmi agrikòl.

« La plantation d'avocatiers dans le bas Plateau central poursuit les mêmes objectifs que les projets de reboisement réalisés dans différents endroits du pays : valoriser l’énorme capacité de production agricole et améliorer les conditions de vie de la population », a déclaré Robert Conand, président du Rotary club Port-au-Prince.

C’est également un grand projet d’implantation d’arbres fruitiers que réalise au Mali le Rotary club Paris Champs Élysées*. Il s’agit d’aider plusieurs villages du pays Dogon à élaborer une muraille d'arbres fruitiers. La première phase consiste à planter 360 arbres pour le bénéfice de 60 familles de Bandiagara. Une seconde phase verra en 2022 la plantation de 480 autres arbres fruitiers dans les villages d’Ouroly-Tenné et Konsogou-léyé. Citronniers, goyaviers, grenadiers, jujubiers, pamplemoussiers etc., une variété de production voulue « afin de limiter les risques de contagion en cas de maladie » explique Christine de Panafieu, membre du Rotary club Paris Champs Élysées, à l’initiative de cette action en partie financée par une vente d’œuvres d’art (voir article pages 54-55 de ce numéro). Cette action internationale a un double impact : lutter contre la désertification au Mali tout en assurant une production vivrière et des revenus aux villageois. Ces derniers suivent une formation qui insiste sur la technique du goute à goute et l’emploi d’engrais naturels afin d’éviter l’érosion du sol.

 

 

Le suivi de l’entretien des cultures vivrières apparaît indispensable, comme le font plusieurs Rotary clubs d’Antananarivo. Le 28 février dernier, les représentants de huit Rotary et Rotaract clubs participent à une journée de reboisement dans la commune d’Anjomoka, à 40 km de la capitale malgache. Plus de 1 000 plants d’arbres fruitiers, notamment des avocatiers et des pommiers sont plantés durant cette journée. Pour s’assurer que ces plants poussent et grandissent dans un environnement favorable, les Rotariens prévoient la prise en charge du suivi et de l’entretien périodique, qui sont assurés par la communauté locale. « Quand un homme plante un jeune arbre au début du printemps, comment peut-il savoir si celui-ci grandira ? » Ainsi s’exprimait Paul Harris en 1947 en introduction de son dernier message aux Rotariens. Un message bien compris par les Rotary clubs engagés dans de telles actions.

 

* http://www.arbresfruitierspaysdogon.fr/

 

 

 

Un Groupe d’action rotarien

Les Rotariens qui veulent agir dans le cadre de programmes de reboisement peuvent rejoindre l’ESRAG (Environmental sustainability Rotary action group). Ce groupe d’action agit dans le monde entier.

Contact : https://www.esrag.org/

 

TEXTE DE CHRISTOPHE COURJON

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