THIERRY VITEAU : LE ROTARY EST LE PROLONGEMENT DE SON MÉTIER DE DIPLOMATE
Diplomate de carrière, aujourd’hui à la retraite, Thierry Viteau est membre du Rotary club Aix-en-Provence. Il livre pour Rotary Mag quelques réflexions sur les liens qui peuvent exister entre la diplomatie et l’engagement rotarien, ainsi qu’un témoignage sur son métier qui l’a conduit à Tokyo, Séoul, Sydney, Lisbonne, Maputo (Mozambique), Mbabane (Swaziland, devenu Eswatini), Bangkok...et à Paris.
Qu’est-ce qui vous a destiné à devenir diplomate ?
Le titre de ministre plénipotentiaire est hérité de l’Ancien régime et signifiait « muni des pleins pouvoirs », ce qui n’est plus entièrement vrai aujourd’hui ! Au quai d’Orsay, on gravit les échelons un à un : secrétaire, conseiller, ministre plénipotentiaire, ambassadeur. Je ne suis pas issu d’une famille de diplomates, mais mes parents voyageaient beaucoup et je les accompagnais, parfois dans des pays très peu visités à l’époque, comme la Hongrie en 1962. C’était en pleine guerre froide, 6 ans seulement après l’insurrection de Budapest. Les voyages et la pratique des langues étrangères me plaisaient beaucoup, ce qui m’a fait étudier l’anglais à l’université, puis le japonais et le coréen aux Langues orientales. Grâce à une bourse du Rotary International, j’ai passé 3 mois à pratiquer l’anglais dans une petite localité du Kentucky, hébergé dans plusieurs familles rotariennes successives. C’était en 1974, et la prohibition était encore en vigueur dans le comté, ce qui poussait des habitants à aller acheter de l’alcool dans l’État voisin ! Ma passion pour l’Extrême-Orient est précoce puisque j’ai pratiqué les arts martiaux dès l’âge de 14 ans.
Comment êtes-vous devenu Rotarien ?
Mon frère aîné et ma belle-sœur sont Rotariens de longue date, mais je n’ai rejoint le Rotary qu’en 2020, une fois retraité. Mes changements fréquents d’affectation tout au long de ma carrière n’ont pas favorisé mon adhésion, et surtout on ne m’avait jamais proposé de devenir membre durant ma vie professionnelle. Installé en Provence, j’ai fréquenté des Rotariens et prononcé des conférences devant plusieurs auditoires. Je me suis tourné vers le Rotary club Aix-en-Provence qui a accepté que je devienne membre.
Vous êtes un spécialiste de l’Asie. Comment expliquez-vous le fort développement du Rotary sur ce continent ?
L’image du Rotary correspond aux attentes de ces pays. Respectabilité, sens de l’honneur, solidarité, courtoisie, engagement font partie des valeurs du Rotary particulièrement appréciées par les peuples d’Asie.
Quel sont les souvenirs les plus mémorables de votre carrière ?
Au sein du Centre de crise et de soutien, la gestion des attentats de Paris en novembre 2015 est l’événement qui a le plus marqué ma carrière. Il s’agit d’un centre qui fonctionne jour et nuit au ministère des Affaires étrangères, notamment lors d’une tragédie, d’une catastrophe etc. où que cela arrive. Il s’agit d’aider nos compatriotes et leur famille en cas de grave problème partout dans le monde et d’informer notre gouvernement. Vu l’ampleur des événements, en particulier la tuerie du Bataclan, la responsabilité du suivi de crise a été confiée au Quai d’Orsay, en liaison avec le ministère de l’Intérieur. J’étais de permanence le 13 novembre 2015 et il a fallu entretenir des contacts avec différentes ambassades car il y avait des victimes étrangères. Cette cellule a été active pendant plusieurs mois, en lien avec les familles des victimes et les ambassades concernées.
Une autre gestion de crise a été tout aussi poignante ; il s’agit de la catastrophe aérienne en Égypte d’un vol qui comptait 20 Français. J’ai été le point de contact entre les familles des victimes et les différentes autorités et autres parties concernées. Un navire scientifique français a été affrété afin de localiser l’appareil immergé dans les eaux internationales, et des gendarmes ont été dépêchés pour identifier les corps. Là aussi, cette expérience de gestion de crise au Quai d’Orsay fut très forte.
Quels liens voyez-vous entre la diplomatie et le Rotary ?
La recherche de la paix est le lien le plus évident. Le travail d’un diplomate est d’éviter que des antagonismes se développent et il s’agit de négocier en vue d’un compromis équilibré. Un diplomate en poste dans un pays doit le comprendre et expliquer à ses autorités ce qu’il faut faire pour le rallier à nous. Le Rotary favorise l’entente entre les communautés et les peuples par les actions qu’il réalise, par les programmes qu’il entreprend tels les échanges de jeunes ou l’aide au développement.
Le concours d’éloquence du district 1760 fait réfléchir des jeunes sur le thème de la paix ; de par mon expérience de diplomate, je suis référent de mon club et ai été membre du jury pour la demi-finale d’un de ces concours. Je me rends régulièrement dans les lycées pour faire la promotion de ce concours. Il y a 2 ans, le lycée Émile-Zola d’Aix-en-Provence que mon club a soutenu a remporté la compétition.
Je suis heureux d’avoir fait la démarche de rejoindre le Rotary, communauté de service qui est le prolongement de mon métier de diplomate. « Servir » est la vocation d’un diplomate, c’est aussi celle du Rotary.
PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTOPHE COURJON