CÉLINE BAGAULT, PRIX LITTÉRAIRE DES ROTARY CLUBS DE LANGUE FRANÇAISE
Le 38e Prix littéraire des Rotary clubs de langue française est remis à Cannes à Céline Bagault pour son roman Ici commence mon père, publié aux éditions de l’Olivier. La cérémonie, organisée par les trois Rotary clubs de Cannes, est placée sous l’égide du gouverneur Jean-Pierre Dirick, en présence du maire de Cannes David Lisnard et de Frédéric Lefebvre, ancien ministre.
Le Prix littéraire des Rotary clubs de langue française récompense un roman édité dans l’année qui, outre ses qualités littéraires, met en relief les valeurs rotariennes telles que le service, l’amitié, l’excellence professionnelle, la tolérance, la solidarité, la paix…
Une assistance nombreuse est venue célébrer cet événement littéraire qui se tient chaque année dans un district différent. Pour mémoire, Marseille, Bordeaux, Strasbourg, Lyon, Amiens, Grenoble, Rennes, Paris (pour le 30e anniversaire du prix) et une vingtaine d’autres villes ont déjà accueilli cette cérémonie, toujours avec le même enthousiasme, toujours avec la même confiance dans le pouvoir civilisateur de la littérature.
Créé en 1988 par le Rotary club Paris Académies, devenu national en 1989, le Prix littéraire affiche sa dimension francophone depuis 2010 avec l’entrée au jury du district 9010 (Maghreb), et la participation de deux districts belges et luxembourgeois 2150 et 2160. En 2023, la cérémonie s’était tenue sous la présidence de Jacques Toubon, ancien ministre, à Liège, en Belgique. Ce sont en effet les districts francophones qui financent ce Prix de 3 000 euros.
Un Prix au rayonnement international
Célébrer et promouvoir la langue française dans tous ses états est un des objectifs du Prix littéraire des Rotary clubs de langue française avec des lauréats canadien comme Antonine Maillet, sénégalais comme Fatou Diome, camerounais Marc Alexandre Oho Bambe, belge Christina Moreau, chinois Francois Cheng ou encore Laura Alcoba, écrivaine d’expression française née en Argentine. Défendre la francophonie ne s’oppose nullement à l’internationalité rotarienne.
La présidente actuelle du jury, Liliana Lazar est elle-même Roumaine d’expression française, lauréate du Prix des cinq continents de la francophonie, pour son roman Terres des affranchis (Babel, 2011).
La cérémonie s’achève sur une conversation littéraire entre la présidente Liliana Lazar et Céline Bagault dont le roman s’ouvre sur une annonce qui n’est pas sans rappeler le célèbre incipit de L’étranger d’Albert Camus, sauf qu’il s’agit ici d’un père atteint de la maladie d’Alzheimer, mystérieusement disparu, dont la dépouille est retrouvée après six ans de chagrin alternant avec l’espoir.
Une quête existentielle
Ici commence mon père est une quête existentielle, celle du commencement avec le retour de quelques souvenirs et de la fin énigmatique d’un père mal connu. À travers une approche quotidienne traversée de citations de René Char, Deleuze, ou encore du souvenir d’Ulysse et Télémaque, la narratrice fait l’expérience de la perte et de la finitude d’une manière particulièrement cruelle puisqu’elle est redoublée.
Ce livre est à la fois éclairant et émouvant. Éclairant en tant que phénomène de société qui touche de nombreuses familles, et émouvant grâce à la description fine du courant de conscience que la disparition déclenche dans l’esprit de la narratrice, en proie à un profond désarroi au fur et à mesure que le temps s’écoule sans la moindre trace du disparu. Le thème apparaît grave, certes, mais le récit en est, si ce n’est léger, au moins sans pathos, et animé par une recherche de la vérité et de l’apaisement.
La littérature, espace de liberté
Jean-Pierre Dirick, gouverneur du district hôte de cette cérémonie, souligne qu’elle célèbre la littérature dans le cadre du thème de l’année du district 1730 : la lutte contre l’illettrisme, l’alphabétisation et la défense du livre et de l’écrit.
Il précise que « cette cérémonie est bien plus qu’une remise de prix. Dans un monde où nous sommes submergés d’images, où l’on zappe sans cesse, où la vitesse domine la profondeur et où l’immédiateté efface trop vite le sens, prendre le temps d’honorer les mots devient vite un acte de résistance. C'est toujours par le livre et par l'écrit que se diffusent les grandes et les nouvelles idées. La littérature reste plus que jamais un espace de liberté, d’évasion et de progrès, donc un facteur de paix. La paix, ne l’oublions jamais, reste le but ultime du Rotary ».
Dans cet esprit, le district 1730 organisera la remise du Prix Rotary BD, couronnant un auteur de bandes dessinées en février prochain.
Céline Bagault, la lauréate
Après des études de philosophie et un master de Création littéraire, Céline Bagault a été journaliste et reporter, contribuant à plusieurs revues et magazines : Sciences Humaines Magazine, Gibraltar, Ragemag, Arte info, Altermondes…
Ici commence mon père est son premier roman.
Liliana Lazar
Écrivaine roumaine d’expression française, Liliana Lazar est arrivée en France en 1996. Née en 1972, après une jeunesse passée dans la grande forêt de Slobozia où son père était garde forestier, elle entre à l’Université Alexandru Ion Cuza de Ia?i où elle étudie la littérature française. C’est Slobozia qui sert de décor à son premier roman écrit en français, marqué par la persistance des légendes populaires, le poids de la religion orthodoxe et la présence obsédante d’une nature toujours sauvage. Carpates (Plon 2024) est son 3e roman.
TEXTE DE MICHELINE BONNET