PIERRE ET PAUL : DEUX PIONNIERS D’UN MONDE NOUVEAU
Il y a 130 ans, le sport codifié n'existe pratiquement pas. Un Français - Pierre de Coubertin -, après avoir visité de nombreux pays, décide de rénover les Jeux Olympiques de l'Antiquité. Aujourd’hui, son œuvre est l'un des évènements majeurs du monde. Il y a 120 ans, les règles éthiques sont rares dans le monde des affaires. L'Américain Paul Harris, après avoir parcouru le monde, décide de fonder le Rotary. Aujourd’hui, son œuvre est devenue le premier club service au monde. Si Pierre et Paul se rencontraient, n’imagineraient-ils pas de devenir partenaires et d’être encore plus les pionniers d’un monde nouveau ?
En 1863 naît à Paris Pierre de Coubertin. Fidèle à sa devise « Voir loin, parler franc, agir ferme », il soutient que « l’idée olympique est non pas un système, mais une attitude spirituelle et morale. » ; les JO sont un moyen prodigieux « à travers les âges, pour le bien d'une humanité toujours plus ardente, plus courageuse et plus pure. »
Il confie la réalisation de son œuvre au Comité international olympique (CIO), qu’il dirige de 1896 à 1925. Il se ruine en payant, à chaque olympiade, sur ses deniers, toute la communication.
À la même époque, en 1868, naît dans le Wisconsin un jeune de condition modeste : Paul Harris. Rien ne le prédispose à un tel avenir : créer un nouveau monde.
Constatant que Chicago, par son gigantisme, éloigne les uns des autres, il crée une organisation qui favorise les contacts, fondés sur l'amitié et le service.
Voici un dialogue imaginaire qui aurait pu avoir lieu entre ces deux grands visionnaires contemporains.
Pierre et Paul : dialogue d'outre-tombe
Pierre : Paul, quel était le piège que tu as voulu éviter quand tu as créé le Rotary ?
Paul : Le gigantisme. Ce sont les membres qui font la valeur du Rotary, et non l’inverse. En aucun cas, cela ne doit être une promotion mais rester un outil au service des autres. Certes, le sentiment d’appartenir à cette institution valorise ses membres, mais j’ai toujours fait attention à ce que la crédibilité du Rotary ne pâtisse pas de la dérive de certains : avoir un statut acquis sans le mérite qu’il implique, c’est scier la branche sur laquelle repose le rêve rotarien. J’ai toujours été vigilant sur ce point et l’institution en tire toutes les conséquences : intégrer ce « rêve rotarien », n’est pas travailler à son profit, mais à celui des autres. C’est ce que dit notre devise « Servir d'abord », en sachant que les autres sont aussi nous-mêmes car nous sommes tous membres d’une même humanité. C’est le sens de la devise secondaire du Rotary « Qui sert le mieux profite le plus ».
Et toi, Pierre, quels sont les pièges que tu as voulu éviter en rénovant les Jeux Olympiques ?
Pierre : D’abord, le mercantilisme. Voici ce que je disais en 1927 à la jeunesse sportive des nations : « Nous n’avons pas travaillé, mes amis et moi à vous rendre les Jeux Olympiques pour en faire un objet de musée ou de cinéma, ni pour que des intérêts mercantiles ou électoraux s’en emparent. Nous avons voulu que vous puissiez redevenir des adeptes de la religion du sport. L’Olympisme peut constituer une école de noblesse et de pureté morales autant que d’endurance et d’énergie physiques, mais ce sera à la condition que vous éleviez sans cesse votre conception de l’honneur et du désintéressement sportif à la hauteur de votre élan musculaire. L’avenir dépend de vous. »
Ensuite, la méfiance vis-à-vis des dirigeants sportifs. Un certain nombre se servent au lieu de servir. C’est pour cela que, pour la création du CIO, j’ai choisi « des personnes hors des associations sportives naissantes, des amis de longue date et des aristocrates titrés susceptibles d’impressionner les autorités ».
Enfin, « j’ai placé le CIO au-dessus des structures du sport » et, pour le faire vivre comme un prélude à un gouvernement planétaire du sport, j’ai convoqué régulièrement les forces vives pour discuter des sujets d’actualité : le Congrès olympique.
Paul : Si j'ai bien compris, l'Olympisme est une chevalerie sportive qui est proposée au milliard de licenciés sportifs de la planète. L'élite sportive doit être une véritable chevalerie humaine. Or, les Rotariens sont une chevalerie du service. Pierre, imagine un instant que nous vous aidions concrètement à réaliser ce rêve : faire de l’Olympisme une véritable chevalerie sportive. Imagine simplement qu’un sportif sur 10 épouse cette vision...
L'humanité n'aurait-elle pas fait un grand pas vers plus de fraternité, de paix ?
Pierre : Le Rotary et l’Olympisme ont les mêmes valeurs. Même si les temps changent, elles sont éternelles. Ce partenariat entre nos deux institutions, je ne peux qu’y souscrire. Ensemble, main dans la main, faisons un pas de plus vers notre idéal commun et laissons nos successeurs trouver la meilleure manière de le concrétiser…
Dans ce contexte, quelle est la position du Rotary ?
Sur le terrain, les Rotarien soutiennent les sportifs. Il suffit de lire les pages « Le Rotary en action » dans Rotary Mag.
En 2026-2027, deux Africains seront à la tête des deux organisations : Kirsty Coventry (Zimbabwe) et Olayinka Babalola (Nigeria). Dans ce contexte, devons-nous laisser encore les deux mondes évoluer côte à côte, dans une indifférence polie ? Pourquoi ne pas favoriser des échanges et construire un véritable pont entre ces deux mondes, l’Olympisme et le Rotary ?
Plus juste. Plus harmonieuse. Plus légitime, qui favorise le rayonnement de chacun et l’épanouissement de l’ensemble. Dans le même temps, les responsables du monde de Pierre vont découvrir la simplicité et l'efficacité de la gouvernance du RI. En s'inspirant de cette gouvernance, ce n'est plus ni une utopie ni un vœu pieux, juste un espoir en marche. Le monde de Pierre et celui de Paul œuvrant main dans la main pour le même idéal…la réalité de demain.
Dans cette proposition de partenariat entre le CIO et le RI, il y a deux volets à prendre en compte pour les Rotariens : d’une part la main tendue pour faire mûrir l'Olympisme. D’autre part, l’inspiration de la refondation. Une question morale légitime peut se poser aux Rotariens : n'allons-nous pas commettre une ingérence alors que nous prônons que chacun reste maître chez soi » ? Question délicate, mais qui trouve sa réponse dans le mot « inspirer ».
Continuons à être nous-mêmes, apportons notre plus-value spécifique et soyons ainsi les dignes héritiers de Pierre et Paul.
Continuons à être nous-mêmes en construisant ce nouveau pont pour la paix.
Contact : luismichelfernandez@gmail.com
Quelques suggestions d'actions Rotary-CIO
- Un code moral et un code éthique pour le monde sportif, inspirés du Critère des 4 questions du Rotary.
- Mise en place du programme O.S.E., Olympic student exchange, sur le principe du programme Student exchange du RI. L'objectif est que la plupart des athlètes concourant aux JO y participe.
- Pour en savoir plus : https://www.savoirgagner.com
TEXTE DE LUIS FERNANDEZ, Membre du Rotary club Mazamet Montagne Noire
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