Contre la polio au Paksitan

DISTRICT 1510 - SABLÉ SUR SARTHE - Le récit de Didier Fosse

Didier Fosse est pharmacien et membre du Rotary club de Sablé-sur-Sarthe. Depuis des années, il participe à des campagnes de vaccination en Inde et au Pakistan. En janvier, il fait partie de l’une des 48 000 équipes chargées de vacciner au Pakistan 19 millions d'enfants en une semaine. L’objectif national est de vacciner plus de 95% des enfants de 0 à 5 ans. Il raconte.

Image Contre la polio au Paksitan

Retour au Pakistan

Cette année, je reviens avec Céline Fourmond, épouse d'un Rotarien de Sablé-sur-Sarthe, toujours impliquée dans les collectes de fonds grand public pour PolioPlus.

Avec des Rotariens du club Lahore Garrison et deux agents de santé pakistanais, nous faisons du porte à porte, ou plutôt du tente à tente, dans un bidonville de Lahore. Là vivent quelques centaines de nomades régulièrement déplacés au gré de l'urbanisation. Ces enfants font partie des plus difficiles à atteindre et à suivre lors des campagnes nationales de vaccination, c'est pourquoi le Rotary club Lahore Garrison porte son action sur cet endroit.

L'accueil des familles et des enfants est excellent, ils connaissent la démarche et y sont favorables. Une glacière logotée « End polio now » fournie par le Rotary International permet de maintenir la chaîne du froid. Après avoir administré les deux gouttes de vaccin vivant atténué trivalent, on trempe l'auriculaire de la main gauche de l'enfant vacciné avec un marqueur, qui permettra de vérifier lors d'un second passage dans les jours suivants que l'enfant a bien été vacciné.

Les agents de santé recensent les tentes en leur attribuant des numéros ; ils notent sur la tente la date de passage, le nombre d'enfants vaccinés et s’ils ont administré d'autres vaccins (rougeole, dengue etc.).

 

Notre présence aiguise la curiosité et les jeunes nous orientent vers les tentes où il y a des jeunes enfants.

 

Notre présence aide les agents de santé à communiquer sur l'importance de la vaccination : si des gens viennent du bout du monde, sur leurs propres deniers, pour vacciner leurs enfants, c'est que c'est très important....

 

Porte à porte dans un quartier à haut risque

Notre engagement du jour est d’accompagner deux agents de santé engagés par le gouvernement pour agir dans un quartier populaire de Lahore. Ahmed, Haleem et Bali, nos amis rotariens nous accompagnent. Nous sommes accueillis par le médecin superviseur de ce secteur ; plusieurs équipes ont en tout 6500 enfants à vacciner. Une fois de plus, nous ne sommes pas confrontés au plus facile, mais qu’importe nous avons déjà réussi par le passé ce que beaucoup pensaient impossible en Inde : faire de ce dernier pays un pays exempt de polio. Le quartier où nous intervenons est codifié à haut risque de transmission du virus de la polio car habitent là de nombreuses familles originaires des régions Nord du Pakistan où circule encore le virus de la polio souche sauvage de type 1. Une surveillance permanente des eaux usées n’a pas détecté de virus pour le moment à Lahore.

En cas de doute sur l’âge de l’enfant, on lui demande de mettre un de ses bras sur sa tête et de toucher le haut de l’oreille opposée : s’il peut le faire, c’est qu’il a plus de cinq ans. On pratique un véritable ratissage du quartier, c’est d’ailleurs le nom que porte ce type d’action de santé publique.

 

Notre salaire ... un sourire

La personne clé de ce dispositif est l’agent de santé, une personne du quartier qui connaît le secteur, le plus souvent une jeune femme. Nous portons nos T shirts Rotary, une casquette logotée Polio free Pakistan.

L’agent de santé dirige les opérations, tient le registre, sait où habitent les enfants : elle est passée il y a un mois pour la précédente campagne nationale, et l’entrée ou le mur porte encore les traces de l’identification à la craie.

Si la porte tarde à s’ouvrir, le personnel masculin frappe à son tour en s’annonçant : la porte s’ouvre et l’on nous présente les enfants à vacciner. Nous répétons cette opération partout sans aucune réticence, le plus souvent un sourire ponctue cette brève entrevue ; c’est là notre salaire…inestimable. Du fait d’une violente pluie de la veille, un égout bouché inonde la rue : qu’importe, nous frappons à toute les portes, montons à tous les étages. Un père, après nous avoir amené ses deux enfants, nous invite à prendre le thé : nous déclinons l’invitation car il reste beaucoup de logements à visiter. Le slogan de l’initiative mondiale d’éradication de la polio prend ici tout son sens : Every last child, chaque dernier enfant.