54 HEURES POUR LANCER SA START-UP

Plusieurs districts de France unissent leurs efforts afin de proposer un soutien professionnel à des jeunes créateurs d’entreprises liées à la protection de l’environnement. C’est une compétition dans laquelle trois lauréats sortent vainqueurs après plus de deux jours de « brainstorming » et de « coaching » menés par des experts aguerris.

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“Rotary green startup weekend” est la dénomination de ce rendez-vous en visioconférence des 16-18 avril supervisé par Roger Lhors, administrateur du Rotary International. Ce dernier déclare « qu’il nous est apparu évident de conjuguer numérique et innovation environnementale pour inventer les emplois de demain en répondant aux problématiques actuelles ». Une équipe de Rotariens spécialistes en communication et marketing digital identifie depuis janvier de jeunes porteurs de projets investis dans le domaine environnemental et les biotechnologies : « nous nous sommes notamment appuyés sur de nombreux clubs Rotaract dont nous parrainons les projets entrepreneuriaux », complète Jean-Jacques Titon, ancien gouverneur du district 1730, responsable de l’organisation de cet évènement.

 

 

Un marathon des compétences

 

Dès le top départ lancé le vendredi soir par Jean-Christophe Erbstein, coordinateur du projet, membre du Rotary club Nancy Porte des Vosges, 51 jeunes s’élancent : en une minute chrono, chacun décrit son projet. Tous ont créé leur start-up il y a moins d’un an ou souhaitent concrétiser une idée entrepreneuriale écologique. C’est un véritable concours Lépine : Anthony propose une application numérique pour inciter les consommateurs à trouver des artisans proches, en particulier dans les zones rurales ; Elwyn présente des ballons marins qui fournissent de l’énergie lorsqu’ils descendent au fond de l’eau puis remontent à la surface. Audrey, quant à elle, se lance dans la parfumerie sans alcool.

Huit projets sont dès le vendredi soir sélectionnés par un jury, et aussitôt répartis en huit « salles » dans lesquelles travaille une équipe d’experts. Tous sont des professionnels compétents dans les domaines indispensables pour mener à bien un projet d’entreprise : expert-comptable, économiste, business angel, ingénieur en stratégie etc. Le but est de donner toutes les informations et conseils pour rendre le projet viable.

Les équipes travaillent tard le soir, tôt le matin. Des points de route sont faits en « séances plénières », les experts interviennent, expliquent les difficultés et motivent les stratégies à adopter. Le dimanche après-midi sont déposés les dossiers bien ficelés, et s’en suit une présentation des projets par les finalistes qui s’expriment chacun trois minutes. Étude des dossiers et vote du public, sous le contrôle d’un huissier de justice, annoncent le verdict…

 

 

Trois projets sortent du lot

 

Le « gold award » est attribué à Worm Generation, start-up dont le projet est de développer des fermes d’insectes afin de recycler des grandes quantités de plastiques qui polluent la planète et affectent la chaîne alimentaire. Des larves d’insectes, les « ténébrions » se nourrissent en effet de plastiques et offrent une solution biodégradable à cette forme de pollution.

Le « silver award » est remporté par Agriliant qui propose des ficelles ainsi que des filets biodégradables et comestibles afin de conditionner les bottes de paille et de foin. Les liens utilisés actuellement par les agriculteurs sont en plastique et fréquemment avalés par les animaux d’élevage, ce qui nuit à la chaîne alimentaire.

 

Le « bronze award » est décerné à Emballons-nous dont le concept est une housse écologique pour les pressings. Il s’agit de fabriquer des housses en tissus réutilisables à partir de chutes de textiles. Ces housses sont lavées par les pressings et rapportées par les clients, ce qui évite le gaspillage de housses en plastique à usage unique.

 

 

Cinq finalistes toujours dans la course

 

Ils ne terminent pas sur le podium, mais leurs projets sont jugés prometteurs.

C’est le cas de Composteo qui récupère les bio-déchets des professionnels par vélo cargo pour les valoriser en compost. L'entreprise génère par là même du travail à des personnes éloignées de l’emploi. Janisi crée une poussette tout terrain à partir de fibre de chanvre français et d’amidon de maïs. Les P’tits Mousses propose de la lessive naturelle vendue sans emballage, Chaga Nutrition transforme un champignon urbain en farine protéinée pour nourrir les citadins. Quant à Webo, elle suggère un assistant virtuel gratuit qui aide les internautes à utiliser la toile en consommant le moins d’énergie possible, sachant que 10% de l’électricité produite en France est consommée par les seuls data centers. L’un des finalistes exprime cette réflexion : « nous avons plus appris en trois jours, grâce à un panel d’experts exceptionnels, dans une ambiance stimulante, qu’en six mois d’accompagnement professionnel classique. Nos projets sont plus structurés et nos enjeux clarifiés. »

 

 

Des récompenses et des perspectives d’avenir

 

Les trois lauréats bénéficient pendant six mois de l’accompagnement de professionnels afin que leurs projets se concrétisent. Ces accompagnants sont juristes, spécialistes en stratégie commerciale, en marketing ou en financement des entreprises etc. Ce sont 40,30 et 20 heures de conseils d’experts qui sont offerts à ces jeunes créateurs d’entreprise. Ces lauréats bénéficient en outre d’une couverture médiatique bienveillante qui entraîne des contacts professionnels. Vincent Heurtel, l’un des deux porteurs du projet Worm Generation se dit « étonné du nombre de félicitations reçues, de contacts de presse et de plusieurs propositions rapidement reçues ; un fonds d’investissement participatif m’a notamment contacté, informé par un média. » Une personne vient d’être recrutée pour la partie business de Worm Generation, ce qui montre la montée en puissance de cette jeune pousse prometteuse.

 

Le président du Rotary International, Holger Knaack, est intervenu à la fin du challenge, félicitant cette initiative transgénérationnelle qui va dans le sens de son thème : « le Rotary ouvre des opportunités ».  Une initiative qui associe l’action professionnelle, l’action jeunesse et l’action internationale, tout en mettant en valeur le dernier-né des axes du Rotary International : la protection de l’environnement.

 

 

Contact : www.rotarygreen.org/

 

 

Résumé en vidéo de 15 mn: www.youtube.com/watch?v=eBdZfNEyfns

 

 

La compétition en chiffres

80 participants au départ

51 candidats en lice le jour J

8 nationalités

21 experts professionnels

8 projets sélectionnés le 17 avril

3 lauréats en finale le 18 avril

 

 

Encore étudiante, bientôt entrepreneure

 

Inès Vecten, 22 ans, obtient avec Chloé Tinel le « silver award » pour le projet Agriliant. « Notre prix a suscité beaucoup de suivis sur Linkedin et nous avons reçu rapidement une proposition de crowfunding pour financer notre projet de ficelles biodégradables et comestibles pour conditionner les bottes de foin. » Inès souligne que le Green startup week end « a permis d’établir un plan de financement grâce aux conseils d’experts en procédés industriels et financiers ; notre future startup devrait être incubée en octobre. »

 

 

TEXTE DE CHRISTOPHE COURJON