PROTÉGER LES MINEURS, UNE ACTION MAJEURE

La décision du gouvernement français de créer cet automne une commission indépendante sur les violences sexuelles subies par des enfants rappelle la nécessité de combattre cette criminalité. Une lutte menée depuis des décennies par des Rotary clubs, comme contre toutes autres atteintes portées aux enfants. TEXTE DE CHRISTOPHE COURJON

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Les Rotary clubs engagés dans des actions de protection de l’enfance agissent dans la plupart des cas de façon pérenne, ce qui montre l’importance portée à la jeunesse en danger. Ces actions nécessitent parfois des unions de clubs qui préviennent les mineurs de risques encourus ou apportent des aides à de jeunes victimes.

 

 

La prévention de la pédophilie

 

Plusieurs clubs de France participent à l’opération "Et toi tu fais quoi ?" lancée il y une vingtaine d’années par le Rotary club Crest Vallée de la Drôme, à travers l’association Enfance Prévention qu’il a fondée. Il s’agit d’une action de prévention des risques d’enlèvements, de disparitions et de violences encourus par les enfants. Cette action a lieu dans des écoles primaires et concernent surtout des élèves de CE2. Parmi les Rotary clubs impliqués, l’ensemble de ceux des Deux-Sèvres agissent depuis 14 ans, en lien avec l’inspection d’académie. Dominique Six, membre du Rotary club Niort Sèvre, est le référent départemental qui assure l’interface entre les sept Rotary clubs des Deux-Sèvres et l’association Enfance et Prévention ; celle-ci diffuse une mallette pédagogique à destination des enseignants comprenant une bande dessinée, une affiche et un film qui fait découvrir la méthode à mettre en place. Il souligne que « la bande dessinée distribuée à chaque enfant le met en garde contre des tentatives d’enlèvement. » Le but de cette bande dessinée est de faire réfléchir les enfants, avec des exemples variés, pour les amener à prendre conscience de leurs droits, des différents aspects de la maltraitance, et à mener une discussion sur ce qu’un adulte proche ou un inconnu a le droit de faire ou pas.


Parmi les cas de figure proposés dans cette BD, le petit garçon Kidou pose la question « Et toi tu fais quoi ? » lorsqu’un automobiliste apparemment bien attentionné lui propose de le ramener chez lui. Les élèves sont invités à répondre à cette question, comme à d’autres ; leur professeur conduit les échanges, assistés parfois de personnes sollicitées par les Rotariens, en particulier des psychologues et des gendarmes. Ces interventions concernent 4800 élèves de CE2 chaque année dans le département ; du fait des mesures de confinement prises contre la Covid-19, les interventions prévues en mai sont reportées à la rentrée. Dominique Six explique l’importance de communiquer auprès de la population : « à tour de rôle, deux Rotary clubs des Deux-Sèvres s’expriment chaque année devant la presse locale et régionale ; on note une vraie adhésion des familles ainsi que de l’inspection d’académie qui demande de renouveler l’opération, malgré les mutations des responsables. » L’adhésion des élèves est également perceptible, comme en témoigne la réaction de Cyril à Bressuire : « on n'est pas obligé de prendre sa douche avec son entraîneur de sport, même si l’on est du même sexe ».  Pour Thibaud, la vigilance est aussi de mise sur internet : « j'ai appris qu'il ne fallait pas répondre aux mails d'inconnus ».  Des réponses qui sont le fruit de débats menés en classe, où chaque élève défend ses idées et expose ses arguments.      

 

Certains Rotary clubs ne peuvent mener des actions d’une telle ampleur, aussi soutiennent-ils des associations qui se consacrent à la protection de l’enfance.

 

 

Des partenariats avec des structures spécialisées

 

Le Centre de victimologie pour mineur (CVM) est une association dont l’un des récents tutoriels destinés aux enfants est réalisé grâce à l’appui du Rotary club Paris Avenir ; ce club prend également en charge cette année une partie des frais d’organisation du colloque du CVM, auquel plusieurs Rotariens participent. Des actions de lever de fonds sont organisées, comme des marches en faveur d’une maison d’enfants conduites par le Rotary club Ferrette Pays du Sundgau (Haut-Rhin) ; cette structure a pour mission de protéger, d’instruire et de sociabiliser des mineurs en difficultés sociales et familiales, avec pour perspective le retour en famille dans les meilleures conditions possibles. Plusieurs clubs entreprennent des tournois de golf, non seulement pour apporter une contribution financière à une association, mais aussi pour sensibiliser le public aux causes défendues ; la compétition de golf proposée par le Rotary club Gap en faveur de l’association Enfant en danger témoigne d’un partenariat de plus de 20 ans, tout comme les 17e Golf days du Rotary club Lille Vauban au profit d’Enfance et Partage, qui a accueilli durant trois journées 340 participants.

 

 

Des actions parfois tournées vers d’autres continents

 

Afrique, Amérique, Asie : la protection de l’enfance n’a pas de frontière pour des Rotary clubs français très engagés. Un avenir professionnel est offert à de jeunes Béninoises grâce au soutien coordonné par le Rotary club Mulhouse Vosges à un centre d’accueil à Bohicon. La réhabilitation de bâtiments, rendue possible grâce à l’appui d’une vingtaine de Rotary clubs français et béninois, du CIP France-Bénin et d’une subvention mondiale de la Fondation Rotary, assure la poursuite d’études en couture ou coiffure à de jeunes filles de milieux extrêmement pauvres, évitant des risques de marginalisation, de délinquance ou de prostitution. Une partie de la jeunesse mexicaine est confrontée à la grande violence, en particulier celle issue de l’exode rural ; le Rotary club Gray (Haute-Saône) participe à l’équipement d’un tout nouveau collège d’enseignement technique à Teocelo (Vera Cruz), aidé par le district 1680 ; le loto organisé par les Rotariens de Gray permet l’achat de matériels pédagogiques qui forment ces jeunes à des métiers manuels très sollicités.

 

Les Rotaractiens sont également actifs dans ce type d’action : le club Rotaract Paris-Ouest s’investit en faveur de l’enfance birmane par la vente du Cookbook, un livre de cuisine réalisé par ce club de jeunes avec leurs amis du monde entier. Les fonds recueillis sont affectés à l’apprentissage d’enfants de Birmanie afin de leur favoriser un avenir digne.

 

 

La lutte contre les addictions

 

Les menaces qui guettent l’enfance concernent aussi la consommation de drogues, l’abus de tabac ou d’alcool. La prévention se fait dès l’école primaire, comme le montre depuis près de 20 ans le Rotary club La Roche-sur-Yon. Ce club intervient chaque année auprès d’écoliers de CM1 et CM2 d’une trentaine d’établissements de Vendée. Au total, 22 000 enfants ont participé aux interventions de professionnels de la santé ou de l’éducation, qu’ils soient Rotariens, conjoints ou amis. Cette opération « Prévention des addictions » sensibilise les enfants aux méfaits du tabac, de l’alcool et de la drogue. De la première proposition à « l’essai pour voir » jusqu’à l’éventuelle dépendance, ces thèmes sont abordés lors d’une intervention d’une heure. Jean-Yves Poirier-Coutansais, l’un des Rotariens qui est intervenu en mars dernier, explique que « les enfants participent énormément à la discussion car ils sont contents d’être considérés comme des grands ; plusieurs d’entre eux continuent de parler avec nous pendant la récréation. »

 

Les formes d’interventions rotariennes pour la protection de l’enfance sont multiples ; elles s’adaptent aux nouvelles menaces, qu’elles soient toxicologiques, informatiques ou autres. Les Rotariens restent à l’écoute des nouvelles méthodes pour sensibiliser la jeunesse aux dangers, prouvant que bénévolat et professionnalisme apportent conjointement des réponses. Impliqué dans la vie de la cité, le Rotary demeure présent dans nombre de questions de société.

 

 

 

 

Des droits inaliénables

Les droits de l’enfant sont une branche des Droits de l’homme qui considèrent la protection spécifique de l'enfant en tant qu’être humain à part entière. Ils sont l’objet de plusieurs traités internationaux, dont le plus important est la Convention relative aux Droits de l’enfant (CIDE), adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 20 novembre 1989.