Le Rotary connecte les neurones

Plus de 12,5 millions d’euros ont été réunis à ce jour par les Rotariens de France pour aider la recherche sur le cerveau dans le cadre de l’opération nationale Espoir en tête. En 2019, quatre équipes de chercheurs en neurosciences vont acquérir du matériel de haute technologie afin de progresser dans leurs travaux. ENQUETE DE CHRISTOPHE COURJON.

Image Le Rotary connecte les neurones

C’est dans les locaux de l’IRCAD* à Strasbourg que sont remis le 14 septembre les financements aux chercheurs. L’équipe de communication de l’IRCAD qui appuie les recherches de financement des chercheurs a mis à la disposition du Rotary son réseau de presse : FR3 a filmé en direct la remise des prix. Grâce aux fonds recueillis, les chercheurs vont être essentiellement dotés de microscopes de dernière génération. Ces scientifiques témoignent de l’importance de ce matériel qu’ils ne pouvaient obtenir sans l’aide du Rotary.

                               

Étudier le cerveau en 3D

 

Emmanuel Bourinet est directeur de recherche à l’Institut de génomique fonctionnelle à Montpellier. Ses travaux portent sur l’étude des mécanismes de la douleur.

Il souligne que « l’un des principaux challenges de la recherche en neurosciences consiste à étudier les réseaux neuronaux et les connexions qui relient les milliards de neurones du système nerveux. Les méthodes classiques utilisées étaient limitées à un plan en deux dimensions empêchant souvent de décrire la complexité des réseaux, qui prennent place dans un volume tridimensionnel. » La possibilité de visualiser les circuits neuronaux dans le volume d’un cerveau entier est devenu possible. En effet, les récentes avancées permettent de rendre transparent un cerveau entier et de pouvoir imager des neurones dans un volume 3D grâce au microscope à feuille de lumière (LSFM). Ce type d’analyse devient indispensable pour étudier la complexité du cerveau.

 

Permettre une mesure in vivo du métabolisme

Tangui Maurice, directeur de recherche CNRS, INSERM à Montpellier, explique les progrès escomptés : « cet analyseur Seahorse va permettre une mesure directe, in vivo, sur nos modèles animaux (poisson zèbre, mouche drosophile) du métabolisme (respiration mitochondrial et glycolyse). Ce métabolisme est altéré dans les maladies neurodégénératives sur lesquelles nous travaillons (maladie d’Alzheimer, maladie de Huntington, Sclérose latérale amyotrophique, syndrome de Wolfram) et pour lesquelles nous recherchons des candidats médicaments. »

À propos du Rotary, le chercheur précise que « nous connaissions les actions du Rotary de façon ponctuelle, par des discussions entre collègues ou les médias. Cette opération Espoir en tête étant relayée par une fondation bien connue des chercheurs en neurosciences, la FRC, nous avons postulé à un financement depuis plusieurs années. »

 

Comprendre les mécanismes induisant la dégénérescence des neurones

Directeur de recherche INSERM, Luc Dupuis est responsable d’une unité au Centre de recherche en biomédecine de Strasbourg. Depuis plus de 20 ans, ses travaux sont consacrés à deux maladies neurodégénératives proches : la sclérose latérale amyotrophique (ou maladie de Charcot) et la démence fronto-temporale. Il explique que « l’acquisition d’un système évolutif de microscopie confocale est cruciale pour que les chercheurs mènent à bien leurs travaux. Ce microscope est fonctionnel pour de nombreuses applications d’imagerie des neurones ; il permet d’effectuer de l’imagerie confocale classique et peut évoluer de façon simple vers la microscopie biphotonique ou l’imagerie super-résolutive. » Grâce à cet équipement, les chercheurs pourront étudier les mécanismes qui induisent la dégénérescence des neurones et des cellules gliales dans certaines pathologies.

Observer l’activité cérébrale chez le modèle murin

Antoine de Chevigny est chargé de recherche CNRS à l’Institut de neurobiologie de la Méditerranée à Marseille (INMED). Il travaille sur les maladies neuropsychiatriques, telles que l’autisme et la schizophrénie. Les deux microscopes miniatures qu’il va acquérir vont accroître son champ de recherche : « l’un des enjeux principaux de la recherche en neurosciences est de pouvoir étudier l’activité du cerveau et des cellules qui le composent au sein d’un organisme en mouvement. Cela permettrait ensuite d’établir des corrélations entre l’activité cérébrale et les comportements. » Antoine de Chevigny précise que les microscopes miniatures récemment développés offrent cette possibilité : « ces équipements permettent de suivre en temps réel l’activité de 500 à 1000 neurones dans des régions profondes du cerveau, sur des modèles en comportement, et au cours de périodes pouvant s’étendre sur plusieurs semaines. L’utilisation de ces microscopes est indolore pour le modèle murin et respecte les règles d’éthique. » Grâce à cet équipement, différents projets pourront être menés sur de nombreux axes de recherche, dont l’autisme et la maladie de Parkinson.

 

L’ensemble des outils offerts à ces quatre équipes de chercheurs sont des investissements destinés à comprendre le cerveau pour mieux le guérir demain. Les chercheurs manifestent leur reconnaissance au Rotary en participant volontiers à des conférences au sein des districts et des clubs. L’esprit de l’action Espoir en tête est particulièrement en phase avec le thème du président Mark Maloney : le Rotary connecte le monde !

 

*Institut de recherche contre les cancers de l'appareil digestif

 

UN PARTENARIAT ROTARY-CHERCHEURS

Chaque année, l’association Espoir en tête, émanation des 18 districts du Rotary en France, et les Rotary clubs organisent une journée nationale en faveur de la recherche sur le cerveau, concrétisée par la projection d’un long métrage grand public.

Jusqu'alors un partenariat avec le producteur Disney permettait depuis l’origine, de reverser 8€ par place. La sélection des lauréats est réalisée par un comité scientifique à partir de dossiers recueillis lors d’un appel d’offre organisé par la FRC - Fédération pour la Recherche sur le Cerveau.