LE ROTARY, UNE HISTOIRE DE FAMILLE À L’AIGLE

Magazine 879 - Novembre 2026

Être Rotarien est parfois une tradition familiale. Elle s’illustre particulièrement au Rotary club L’Aigle (Orne) dont sont membres Pierre Gaulard, son fils Emmanuel et son petit-fils Paul. Ces trois générations réunies au sein du même club témoignent d’une continuité dans l’engagement rotarien. Nos trois amis nous font part de leur vécu au sein du club, ainsi que de réflexions sur les perspectives du Rotary.

Image LE ROTARY, UNE HISTOIRE DE FAMILLE À L’AIGLE

Pierre est membre fondateur du club, créé en 1960. À 104 ans, il est le doyen des Rotariens de France et participe toujours à la vie du club. Pour expliquer cette très longue fidélité, il précise que « les rencontres avec des personnes de professions différentes représentent un grand intérêt. Étant resté sédentaire, j’ai toujours apprécié d’être en relation avec des membres d’horizons différents. Pendant longtemps, j’étais en contact avec des personnes de ma génération, aujourd’hui je le suis avec des Rotariens d’âges différents et nous avons plaisir à nous rencontrer. » Pierre se souvient qu’il y a 66 ans, alors qu’il s’était établi comme notaire à L’Aigle 4 ans auparavant, des Rotariens d’Alençon et de Bernay étaient venus expliquer ce qu’est le Rotary afin de créer un club dans la ville. « Peu avant la création du club avaient eu lieu les élections municipales ; des candidats de deux listes opposées ont fait partie des membres fondateurs, ce qui n’a pas posé de problème. » Le Rotary est en effet apolitique et rassemble !

 

Témoins de l’évolution du Rotary

Pierre et son fils Emmanuel ont vécu de grandes transformations. Tout d’abord l’élargissement des professions : jusqu’aux années 1990, seul un membre en activité pouvait représenter une classification professionnelle. « L’un de mes confrères n’a pas pu entrer au club du fait de cette règle » rappelle le doyen des Rotariens de France.  Depuis, il est possible d’avoir plusieurs Rotariens exerçant la même profession au sein d’un club. « L’admission des femmes a été une étape importante » souligne Emmanuel. En effet, le Rotary International est devenu un club mixte en 1989, lors du conseil de législation qui s’était tenu à Singapour. D’autres évolutions ont été nécessaires afin que le Rotary club L’Aigle puisse conserver son dynamisme et admettre de nouveaux membres.

 

Adapter le club aux contraintes modernes  

Pendant plus de 50 ans, le club tenait une réunion hebdomadaire au cours d’un repas. Actuellement, le club se réunit chaque lundi soir au cours d’un simple apéritif pendant lequel sont préparées les actions d’intérêt public. Un seul dîner par mois rassemble plus longuement les membres. « Cette évolution permet de réduire les coûts et facilite l’admission de jeunes membres » souligne Emmanuel.  Les règles d’assiduité ont été assouplies par le Rotary International au tournant du siècle, ce qui a également facilité l’admission de personnes en activité professionnelle. « Le plus important est de participer aux actions » commente Paul, Rotarien depuis 2 ans, qui vient de fêter ses 30 ans.

 

Un club bien implanté dans la collectivité

L’action est en effet au cœur du Rotary club L’Aigle, les manifestations de levées de fonds couvrent l’essentiel des projets soutenus, en majorité au plan local. Soirée cabaret (qui a remplacé le gala d’autrefois) ou course de karting sont des exemples d’actions qui impliquent les Rotariens et sont remarquées par la population qui participe aux levées de fonds. C’est ainsi que sont financés un minibus destiné à une maison de retraite ou une remorque frigorifique utilisée par un organisme qui délivre des repas à des personnes en grande difficulté.

« Notre club ne connaît pas de problème d’effectif, qui reste proche des 30 membres, car nous agissons pour le bien public et sommes connus de la population » explique Emmanuel. Il précise que « comme notaires, nous travaillons ou avons travaillé avec des associations dont les frais de fonctionnement sont importants, à la différence d’un Rotary club. » Cette efficacité est reconnue, notamment auprès de jeunes actifs. « Lorsque j’explique aux gens de ma génération ce que fait le Rotary, cela facilite son attractivité auprès de jeunes actifs » commente Paul. Beaucoup sont étonnés d’apprendre que le jeune notaire est Rotarien, mais sont réceptifs aux descriptions qu’il fait de son club.

 

Une vision internationale du club

Lorsque l’on demande à chacun des trois Gaulard ce qui les a le plus marqué comme Rotarien, la réponse porte sur une action avec l’étranger.

Pour Pierre, le jumelage du club avec celui de Sturminster Newton (Angleterre) est l’événement qui l’a le plus marqué : « Notre président fondateur avait des relations professionnelles avec l’Angleterre, et le jumelage a entraîné des échanges de jeunes ». Son fils Emmanuel a bénéficié de ces échanges et déclare que « le Rotary club a été un peu précurseur en matière d’échanges de jeunes au Rotary ! ». Pour lui, le fait le plus marquant de sa vie de Rotarien a été l’envoi à deux reprises d’un dispensaire dentaire au Cambodge. « Lorsqu’un Rotarien dentiste a remplacé le matériel de son cabinet, notre club s’est impliqué pour qu’un dispensaire cambodgien en bénéficie ; une dizaine de membres du Rotary club L’Aigle s’était rendue dans ce pays. » Par la suite, le club a racheté un fauteuil à un dentiste parisien qui partait à la retraite, puis l’a offert à un dispensaire du Cambodge.

Quant au jeune Paul, la contribution du club à l’opération chirurgicale aux États-Unis d’une petite Normande de 3 ans, née sans oreilles et conduits auditifs, reste le moment le plus émouvant. « Notre club a mené plusieurs actions afin d’apporter un financement à cette coûteuse opération, réalisable uniquement en Amérique. La remise du chèque à la famille a été un moment très fort car le Rotary a pu changer la vie d’une fillette ».

 

L’action est l’avenir du Rotary

Le Rotary club L’Aigle a toujours maintenu ses effectifs, à contrecourant de la plupart des clubs de France. L’intégration de personnes qui arrivent dans cette ville, comme ce fut le cas de Pierre en 1960 ou d’un cadre allemand plus récemment, favorise le développement des effectifs. La participation des familles aux actions du club est également un facteur d’attractivité. « J’ai participé à des manifestations du club avant d’en être membre » commente Paul, qui se souvient d’un véto de son grand-père de devenir Rotarien tant qu’il n’avait pas obtenu son diplôme de notaire, bien que salarié de l’étude !

« L’avenir du Rotary consiste à casser l’image négative, comme nous le faisons à L’Aigle » estime Emmanuel qui regrette que le recrutement de membres soit le principal objectif du Rotary International. « L’avenir du Rotary repose sur l’action, condition d’attractivité pour les jeunes susceptibles de nous rejoindre » estiment les trois générations qui illustrent la continuité et la transmission des valeurs du Rotary.  

 

 

TEXTE DE CHRISTOPHE COURJON

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