UNE CONVENTION MADE IN TAÏWAN

Magazine 876 - Aout 2026

Plus de 38 000 participants issus de 120 pays se retrouvent à Taipei pour célébrer du 13 au 17 juin l’année Rotarienne et l’internationalité du Rotary. Cette très forte participation souligne la croissance permanente du Rotary en Asie, l’intérêt des Rotariens pour les questions relatives à la paix, ainsi que la volonté de parachever l’éradication de la polio dont le poliovirus sauvage n’existe plus que dans deux pays d’Asie centrale, l’Afghanistan et le Pakistan.

Image UNE CONVENTION MADE IN TAÏWAN

Alors que les précédentes conventions réunissaient en moyenne 15 000 personnes, celle de Taipei marque un rebond significatif. L’annulation de la convention prévue dans la capitale de Taïwan en 2021 du fait de la pandémie de Covid a manifestement motivé les Rotariens du pays hôte à se surpasser. Le fort soutien des autorités de Taïwan pour l’organisation de cet événement s’illustre par la venue du président de la République et du maire de Taipei au cours des séances d’ouverture. Le chef de l’État, Lai Ching-te, insiste sur la nécessaire implication de tous pour favoriser la paix dans un contexte de fortes tensions dans le monde.

Une forte promotion médiatique - panneaux publicitaires à l’aéroport et dans le métro, capsules vidéo dans les taxis et articles quotidiens dans la presse - prouve l’importance accordée par Taïwan à ce rendez-vous planétaire du Rotary.

 

 

Une convention qui souligne l’extension du Rotary en Asie

 

Depuis plus de 30 ans, le Rotary compte 1,2 million de membres dans le monde. Ce maintien des effectifs se traduit par une forte augmentation du nombre de Rotariens dans des pays tels que l’Inde, la Corée du Sud ou Taïwan, au détriment des Amériques et de l’Europe de l’Ouest. Avec 37 000 Rotariens, dont les deux-tiers présents à la convention, Taïwan apparaît comme un pays prometteur, alors qu’il ne compte que 23 millions d’habitants. La volonté d’ouverture internationale d’un pays non reconnu diplomatiquement par la plupart des pays du monde motive les Taïwanais à intégrer un club tel que le Rotary. Les grands donateurs à la Fondation Rotary sont nombreux à Taïwan, et ce pays est l’un des plus grands contributeurs du programme d’échanges de jeunes du Rotary.

 

 

La paix au centre des débats

 

Le point d’orgue de ce thème, et de la convention, est sans conteste l’intervention de Malala Yousafzai, plus jeune prix Nobel de la paix. C’est en effet à 17 ans seulement que cette jeune fille reçut cette récompense, en sa qualité de militante pour le droit des filles à accéder à l’éducation. 3 ans plus tôt, Malala avait été grièvement blessée par balle par des talibans pakistanais qui voulait la réduire au silence. Le résultat fut l’inverse : cette jeune Pakistanaise est devenue la figure de proue mondiale de son combat. Au cours de son allocution devant les Rotariens, elle souligne qu’elle vivait enfant dans une région montagneuse et isolée du Pakistan, où l’information circulait peu du fait d’un accès difficile à Internet. « Mais nous avions un Rotary club dont faisait partie mon père et qui était très actif ». Avec son père, enseignant, elle militait dès l’âge de 11 ans pour que les filles soient scolarisées ; « même les petits actes apportent un changement significatif » insiste-t-elle. Malala encourage les Rotariens à poursuivre leurs nombreuses actions dans le monde en faveur de l’éducation des filles, d’autant plus que 120 millions d’entre elles en sont privées actuellement. En conclusion, la lauréate du prix Nobel de la paix déclare que « lorsque j’étais enfant, le Rotary club de ma ville n’aurait jamais imaginé que je m’exprime un jour devant des milliers de Rotariens, loin de chez eux. Le bon travail que vous accomplissez ensemble voyagera plus loin que vous pouvez l’imaginez » .

Malala vit dans un pays qui est l’un des deux seuls au monde à compter encore de nouveaux cas de poliovirus sauvage. Une triste performance liée en grande partie à l’intolérance de groupes religieux hostiles aux vaccinations.

 

 

La polio toujours proche de l’éradication

 

Programme lancé par le Rotary en 1985, piloté par l’OMS avec le soutien humain et financier du Rotary, le programme PolioPlus est dans sa dernière ligne droite. Le président du Rotary International, Francesco Arezzo, fait le point de la situation : « Le financement est devenu plus compliqué et les gouvernements ont fait face à de nouvelles pressions. Mais nos efforts contre la polio ne disparaissent pas parce que le monde se lasse d’en entendre parler. Nous devons tenir notre promesse faite aux enfants du monde.?» 

Les responsables de la campagne d’éradication expriment leur optimisme lors de la convention : «?Je pense que nous pourrions voir le dernier cas de poliovirus sauvage au Pakistan cette année rotarienne?», déclare Michael McGovern, président de la commission PolioPlus du Rotary International. Il ajoute que « certaines années apportent des déceptions. Des facteurs internationaux influencent notre progression?; cette année, il y a eu des troubles politiques. Bien sûr, des conflits sont en cours, mais j’ai le sentiment que nous sommes sur la bonne voie. »

Financées chaque année par 50?millions de dollars apportés par la Fondation Rotary et 100?millions de dollars de la Fondation Gates qui ajoute le double de l’apport des Rotariens, les campagnes de vaccination contre la polio sont intégrées à des initiatives de santé plus larges, renforçant les systèmes sanitaires et le bien-être des communautés.

 

 

De multiples ateliers thématiques

 

Au-delà des séances plénières, les participants assistent au choix à des dizaines d’ateliers. Beaucoup mettent en avant les interventions des clubs dans les causes prioritaires du Rotary, comme l’adduction d’eau potable, le développement des économies locales ou la protection de l’environnement. Outre ces causes prioritaires, les ateliers abordent de nombreuses autres façons pour les Rotariens d’avoir un impact positif dans le monde. Parmi les séances où chacun peut intervenir, interroger et témoigner de son expérience, citons les ateliers « Construire l’image du Rotary pour un meilleur impact », « Renforcer la mission du Rotary avec l’IA » ou « Partenariat Rotary-Alzheimer ».  Un atelier conduit par Ludovic Hubler, membre du Rotary club Beaulieu Côte d’Azur, attire la curiosité par son intitulé : « Les 10 clés qui ont permis de relancer notre club » ; tombé à 11 membres, ce club a presque quadruplé ses effectifs en 2 ans grâce notamment à un travail d’introspection, une communication à grande échelle et l’utilisation d’outils modernes. Les organisateurs de la convention ont justement fait preuve d’imagination technologique pour accueillir les participants.

 

 

Des technologies innovantes mises en valeur

 

L’utilisation de la technologie pour rapprocher les participants de 120 nationalités est un fait marquant de l’organisation. Le comité hôte de cette convention a en effet créé une application d’interprétation pour aider les Rotariens ne comprenant pas le mandarin à s’orienter. Lorsqu’un étranger s’adresse à un bénévole de la convention (beaucoup ne maîtrisent pas l’anglais), il peut l’utiliser pour lancer instantanément un appel vidéo avec un interprète parlant anglais, japonais ou coréen. «?Nous avons conçu cette application pour les participants qui ont besoin de trouver leur hôtel, d’accéder à des services médicaux, de découvrir un marché de nuit ou trouver un restaurant?», explique Michael Tseng, président du comité des bénévoles. Tout en développant cette application, le comité hôte avait recruté des Rotariens dans tout le pays pour servir d’interprètes.

L’utilisation des nouvelles technologies est au centre de plusieurs ateliers thématiques, certains mettent en lumière des façons créatives d’utiliser la technologie dans l’éducation. Des intervenants de l’Amicale d’action du Rotary pour l’alphabétisation et l’éducation de base, ainsi que des conseillers de la Fondation Rotary, présentent des exemples de technologies d’apprentissage qui ont fait leurs preuves. Ces outils ne dépendent pas nécessairement d’un accès à Internet, souvent indisponible ou peu fiable dans de nombreuses régions. Au Belize, au Guatemala, en Namibie, au Panama et ailleurs, des Rotary clubs ont ainsi distribué dans des écoles des serveurs portables hors ligne contenant du matériel éducatif. Ces serveurs, appelés RACHEL (Remote area community hotspot for education and learning), facilitent l’accès à des ressources pédagogiques essentielles. 

 

 

La francophonie réunie autour de Rotary Mag

 

Comme chaque année, le stand de Rotary Mag est le point de ralliement des Rotariens du monde francophone. Beaucoup apportent des informations, suggèrent la publication d’articles, commentent des textes publiés. Tous se retrouvent à la réception de Rotary Mag le mardi soir, qui est le seul événement de la convention dans la langue de Molière. Le vice-président sortant du Rotary International, Alain Van de Poel (Belgique) déclare que « la francophonie est un défi de culture », et qu’il a vu « les clubs progresser dans la volonté de servir, dans l’esprit du Critère des quatre questions ». Directeur de l’Alliance française de Taipei, Julien Dal Bosco, témoigne de l’intérêt porté dans le monde pour la culture française à travers un réseau de l’Alliance française très présent sur les cinq continents, bien plus dense que le Goethe Institut ou l’Institut Cervantes.

 

 

Après Taipei, cap sur Barcelone

 

La convention de Taipei s’achève sur une note rythmée lorsque la chanteuse Leona Lewis entonne l’hymne de résilience «?Fire under my feet, au cours de la cérémonie de clôture. L’hospitalité chaleureuse des organisateurs se conclut par une longue haie d’honneur formée de centaines de bénévoles qui mène à la sortie du Dome, situé dans l’hyper centre de la capitale. À l’approche de la fin de son mandat, Francesco Arezzo insiste sur l’importance de la continuité au sein du leadership rotarien. «?J’aime l’image d’une course de relais. Aucun coureur n’est plus important qu’un autre. Le moment crucial n’est pas la course en elle-même, mais la transmission.  Le Rotary est un relais. Nous recevons, poursuivons, transmettons. Chaque génération de Rotariens doit laisser l’organisation plus forte, plus bienveillante et pleine d’espoir pour la génération suivante.?»

Son successeur, Olayinka Babalola, invite tout Rotarien et ses proches à le rejoindre lors de la convention de Barcelone qui se tiendra du 26 au 30 juin 2027.

 

TEXTE DE CHRISTOPHE COURJON    

Dans la même rubrique

Image ALAIN VAN DE POEL : REGARD SUR 2 ANS PASSÉS À LA DIRECTION DU RI

03/08/2026 - Magazine 876 - Aout 2026

ALAIN VAN DE POEL : REGARD SUR 2 ANS PASSÉS À LA DIRECTION DU RI

Quel bilan tirez-vous du sommet Fusion, organisé à Bruxelles en septembre dernier ? …

Lire
Image OLAYINKA BABALOLA, PRÉSIDENT 2026-2027 DU ROTARY INTERNATIONAL

01/07/2026 - Magazine 875 - Juillet 2026

OLAYINKA BABALOLA, PRÉSIDENT 2026-2027 DU ROTARY INTERNATIONAL

Influencé par son pays natal, le président Yinka fait entrer le dynamisme du Nigeria au sein de la direction du Rotary.…

Lire

Rechercher un club

la boutique s'abonner