KATIA BERGAMELLI : L’INCLUSION PASSE PAR LA FORMATION PROFESSIONNELLE
Membre du Rotary club Carry Côte bleue, près de Marseille, Katia Bergamelli est très investie dans la formation professionnelle de jeunes trisomiques à travers l’association T’CAP 21 qu’elle a créée et préside. L’autonomisation de ces jeunes à travers un travail dans la petite restauration est l’objectif de son investissement.
Qu’est-ce qui vous a conduit à devenir Rotarienne ?
Alsacienne d’origine, j’ai travaillé dans le secteur maritime sur le Grand port de Marseille et à l’international. En 2014, j’ai été invitée à devenir Rotarienne, après avoir participé pendant des années aux activités de la Jeune chambre économique. J’étais très investie dans la JCE et me suis impliquée dans de nombreuses actions locales et internationales, dans beaucoup d’endroits du monde. Certains de ces projets ont été lancés par des Rotary clubs. La philosophie du Rotary a représenté pour moi une continuité dans mon investissement préalable.
Pourquoi avoir créé une association de formation professionnelle pour personnes trisomiques ?
J’ai deux enfants dont Lucie porteuse de trisomie 21. À sa naissance, je me suis interrogée sur son avenir, et plus particulièrement sur ce que serait sa vie à l’âge adulte. Ma fille a grandi entourée de bienveillance dans une petite commune près de Marseille. Mais, à un certain moment, l’équipe éducative n’a plus été en mesure de l’accompagner, faute de moyens et d’ambition. Il a fallu la rediriger vers une structure spécialisée en perdant le bénéfice de nos années de stimulation. Avec d’autres parents vivant la même réalité, et en voyant nos enfants grandir et devenir adultes, nous avons créé en 2015 l’association T’CAP21 dans la région marseillaise, avec une ambition forte : leur permettre de trouver pleinement leur place dans le monde extraordinaire… de l’ordinaire.
Quelle est la particularité de votre association ?
Elle est ouverte à toute sorte de handicap mental, et pas uniquement aux cas de trisomie 21. T’CAP21 représente un tiers-lieu où des familles – parfois des personnes seules - sans solution - viennent nous rencontrer. Il s’agit d’un espace pour rebondir où l’on y travaille, se forme professionnellement et pratique des sports ou des activités culturelles en milieu ordinaire.
Comment l’insertion professionnelle est-elle organisée ?
Nous louons à la SNCF Gares et Connexions le bâtiment de la gare de Niolon ( à 20 minutes de Marseille) laquelle fonctionne toujours, reliée à la gare Saint-Charles. Notre association a réhabilité ce bâtiment, aidée par plusieurs bénéficiaires. Dans ces locaux, nous assurons une formation d’agents polyvalents en restauration ( serveurs, commis de cuisine etc.) suivant des contrats de travail classiques : CDD ou CDI. Il ne s’agit pas d’un chantier d’insertion qui, par essence, est limité dans le temps. Un suivi est régulièrement fait par une chargée d’intégration sur chacun des jeunes. Un service de petite restauration est assuré auprès des clients par nos neuf salariés et la dizaine de stagiaires, lors du déjeuner du mardi au dimanche. Tout est fait maison, notamment avec des produits du jardin de la gare que les jeunes entretiennent. Ceux-ci sont occasionnellement logés sur place avec un encadrement, ce qui répond à notre stratégie d’autonomie résidentielle. À l’extérieur, un potager et une scène attenante à la bâtisse offrent à nos jeunes un véritable espace d’épanouissement : ils peuvent y révéler leurs talents aussi bien en cuisine et au service, qu’en jardinerie ou sous les projecteurs, en complément de leur activité professionnelle, d’où le titre La Gare des Étoiles
« Un P’tit SMUC en Plus »: le SMUC (Stade marseillais université club ), association sportive locale multidisciplinaire de plus de 6 000 adhérents, a lancé cette année le programme « Sport Santé » et a proposé à T’CAP21 d’y participer. Dans ce cadre, certains de nos jeunes travaillent plusieurs semaines à l’espace de restauration de cette association, ce qui nous donne une meilleure visibilité et sensibilise le public à la cause que nous défendons. Pour mettre en lumière ce magnifique partenariat, nous avons choisi de baptiser ce lieu « Un P’tit SMUC en Plus », un clin d’œil au film à succès d’Artus.
Quelle place est-elle consacrée au sport ?
La pratique d’une activité sportive est importante pour une meilleure inclusion. Nous organisons des sorties de neige où des cours de ski sont donnés, des séances d’aviron qui donnent lieu à une participation à des randonnées à la rame en mixité, sportifs handicapés et non handicapés. Plusieurs de nos jeunes participent à des compétitions internationales d’aviron. Nous espérons que les Jeux paralympiques de 2030 seront un déclic pour le grand public dans la mesure où le sport adapté accueillera enfin des sportifs en situation de handicap mental.
Quel soutien votre association reçoit-elle de Rotary clubs ?
Plusieurs Rotariens ont apporté leurs compétences professionnelles lors de notre installation dans la gare de Niolon ; c’est le cas d’un architecte ainsi que d’un responsable de la SNCF. Plusieurs Rotary clubs des environs ont entrepris des actions de levée de fonds au profit de notre local, comme par exemple le Salon du chocolat où nos jeunes ont confectionné les sucrés, servi des boissons, vendu des produits locaux fournis par des artisans qui ne disposaient pas de personnel pour cette manifestation. Le Rotary Club de Marignane est particulièrement engagé et sensible à notre projet inclusif. Il a déjà organisé plusieurs actions solidaires au profit de notre association, comme Les Roues de l’Espoir ou encore la dictée du Rotary 2026 organisée à la Gare des Étoiles de Niolon. Un moment fort et symbolique, puisque des jeunes porteurs de trisomie 21 ont eux-mêmes participé à cette dictée, illustrant pleinement l’esprit d’inclusion que nous défendons
Le district 1760 a également apporté son soutien, notamment en encourageant les clubs visités par les gouverneurs Antoine Artières et Guy Crouvizier à ne pas offrir de fleurs à leurs conjointes, mais de consacrer la somme équivalente au profit de notre dispositif professionnel.
Sur les 500 000 € qui ont été nécessaires au lancement de notre projet, une partie significative a été trouvée auprès de mécènes contactés par des Rotariens.
Qu’espérez-vous d’autre de la part des Rotariens ?
Le réseau professionnel des Rotariens peut faciliter l’embauche de personnes trisomiques formées par notre association. T’CAP21 va monter un organisme de formation pour favoriser l’insertion professionnelle. Beaucoup d’employeurs ne savent pas que l’embauche de personnes handicapées est à moindre coût et que de nombreux postes leur sont accessibles. Les trisomiques sont ponctuels, aimables, souriants et quasiment jamais absents. Ce n’est pas toujours le cas pour les salariés sans handicap…
Le travail est leur raison de vivre ; quand on leur fait confiance, ils se sentent valorisés et le montrent. Par notre action, nous cherchons à positiver le handicap mental, dépasser la compassion et nous tourner vers la « destination inclusion » indiquée sur le quai de la gare de Niolon.
Contacts :
PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTOPHE COURJON
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