Le rayonnement international de l’industrie française de défense est immense et dû pour l’essentiel au choix fait par la France du général De Gaulle de conserver son indépendance. Devenue le deuxième exportateur mondial d’armement, derrière les États-Unis, la France dispose d’une industrie de défense orientée à plus de 40% vers l’exportation, ce qui en fait un pilier de notre commerce extérieur. Une profonde remise en cause de sa politique industrielle devra être mise en place afin que le pays conserve son rang.
TEXTE DE MARC-HENRI FIGUIER
Les affaires internationales et l’exportation d’armement sont intimement mêlées. On évoque le retour des « empires ». Le monde irait ainsi vers la confrontation inéluctable des deux « empires » chinois et américain.
L’Ukraine, l’Iran sont des chocs géopolitiques majeurs. Deux puissances nucléaires s’en prennent à deux puissances conventionnelles. Pourtant face à la puissance matérielle d’un immense système militaro-industriel, l’agilité, la créativité et la production presque artisanale résiste opiniâtrement.
En Ukraine la situation est figée. Chez les deux ennemis, la démographie commande, la jeunesse manque. Les robots la remplacent et s’affrontent, mais comment gagner la guerre sans capacité offensive et sans payer le prix en vies humaines si nécessaire à l’avenir du pays ?
En occident, la mort est inacceptable. On croit que la supériorité technologique peut éviter les larmes et le sang mais en Iran, ce sont les États-Unis qui piétinent, le régime qui survit et assassine son propre peuple.
Cet emballement guerrier entraînela montée en puissance de tous les appareils de défense dans le monde. Le SIPRI (Stockholm international peace and research institute) note une augmentation de prés de 3% par an des dépenses militaires mondiales soit près de 3 000 milliards de dollars en 2025. L’OTAN impose à ses membres de consacrer 5% de leur PIB à la défense (soit environ 135 milliards par an pour la France). La Chine augmente le budget de sa défense de 7% en 2026. L’Arabie saoudite dépense plus de 70 milliards de dollars chaque année.
Dans ce contexte, l’Europe de la défense et de l’armement est une nécessité. Il faut donc la rendre possible. La France s’interroge sur les conséquences de cet impératif.
Quelle Europe demain ?
L’Europe est réticente à l’exercice de la puissance. S’appuyant depuis 75 ans sur l’OTAN et la protection américaine, elle n’a ni politique étrangère ni politique de défense partagée.
Comment alors articuler un processus de décision pertinent quand il exige l’unanimité de 27 membres ? Comment fédérer des nations qui n’ont pas la même définition de la souveraineté et de l’autonomie, qui disposent de statuts très hétérogènes qui vont d’une puissance nucléaire membre permanent du conseil de sécurité à 26 pays conventionnels au poids relatif très disparate ? ...