BRISER LE PLAFOND DE VERRE, PRIORITÉ DES « ELLES DE LA SCIENCE »

Magazine 875 - Juillet 2026

Un samedi, l’amphithéâtre du lycée Jean-Moulin de Draguignan se transforme en un laboratoire d’ambitions. L’opération « Des Elles pour la science », portée par le Rotary club Draguignan Templiers, réunit collégiennes et lycéennes. Face à elles, quatre femmes aux parcours d’exception partagent leur réalité, pour prouver que le genre ne doit plus être un frein à la passion scientifique.

Image BRISER LE PLAFOND DE VERRE, PRIORITÉ DES « ELLES DE LA SCIENCE »

Pourquoi une telle mobilisation est-elle encore nécessaire en 2026 ? La réponse tient en deux mots : l'effet Matilda. Théorisé en 1993 par Margaret Rossiter, ce concept décrit la spoliation des découvertes scientifiques réalisées par des femmes au profit de leurs collègues masculins. C'est l'histoire de Lise Meitner, dont les travaux sur la fission nucléaire furent récompensés par un prix Nobel attribué au seul Otto Hahn. C'est le destin de Rosalind Franklin, dont les clichés par diffraction de rayons X furent cruciaux pour comprendre la structure de l’ADN, sans qu'elle n'en tire de reconnaissance immédiate.

Aujourd'hui, l'effet Matilda ne se traduit plus forcément par un vol de brevet, mais par une « invisibilisation » persistante. Le manque de modèles féminins dans les manuels scolaires et les médias crée un biais cognitif chez les jeunes filles : elles s'auto-censurent. L'action « Des Elles pour la Science » s'attaque à ce mécanisme. Il s'agit de déconstruire les stéréotypes de métiers pour que la science ne soit plus perçue comme un bastion masculin, mais comme un champ de possibles ouvert à tous les talents.

 

L’exemple de quatre femmes d’exception

Pour incarner cette diversité, les organisateurs ont fait appel à quatre figures de proue. Stéphanie Godier, astrophysicienne et spécialiste de la physique solaire, vulgarise l'infiniment grand avec passion. Rappelant que la matière que nous connaissons ne représente qu'une infime fraction de l'univers, elle invite les élèves à devenir les exploratrices des 95 % restants.

L’ingénierie de pointe est représentée par Bich Tran qui, après un diplôme de l'École Centrale de Paris, a intégré l'industrie aérospatiale. De la mécanique spatiale chez Airbus Defense and Space au support en orbite chez Thales Alenia Space, elle décrit un univers où la rigueur technique se mêle à l'adrénaline des lancements satellites. Son message met l'accent sur l'empathie et le sens de la communication, souvent considérés comme des qualités féminines, qui sont des leviers majeurs de performance dans la gestion de projets complexes.

Le domaine de la santé est porté par Margherita Maccarini. Chirurgien viscéral au Centre hospitalier de Draguignan, elle témoigne de l'exigence physique et mentale de la chirurgie. Si les femmes sont aujourd'hui majoritaires dans les cursus de santé, le Dr Maccarini pointe du doigt la difficulté persistante d'accéder aux postes de haute responsabilité.

Le parcours de Stéphanie Mundet, capitaine de vaisseau et ingénieure en chef, apporte une perspective dans l’univers très codifié de la Marine nationale ; elle dirige le projet des infrastructures d'accueil pour le futur porte-avions « France Libre » à Toulon. Entre la maintenance des sites militaires en Polynésie et le cabinet du ministre des Armées, sa carrière démontre que l'engagement militaire et l'expertise technique forment un duo puissant pour celles qui ont le goût du commandement et de l'action.

 

Une synergie territoriale

Sous l'impulsion de Mme Salucci-Battaglia, proviseure du lycée Jean-Moulin, l'établissement est devenu, le temps d'une matinée, l'épicentre de l'émancipation féminine. L'implication des chefs d'établissement de toute la dracénie, témoigne d'une prise de conscience globale : l'orientation des jeunes filles est un enjeu de territoire.

Eric Oliveres, co-organisateur pour le Rotary club Draguignan Templiers, rappelle que le futur de la science ne peut se faire sans la moitié de l'humanité. Le Dr Nello Avella, autre cheville ouvrière de cette action, souligne que le rôle du Rotary est de créer le pont nécessaire entre les mondes professionnel et scolaire.

 

Un héritage numérique et durable

Un film documentaire sur la manifestation et un site web dédié sont réalisés. Ce portail regroupe les témoignages des intervenantes, et des informations sur la science au féminin pour toutes celles qui cherchent leur voie.

Marie Curie disait : « dans la vie, rien n'est à craindre, tout est à comprendre. » En comprenant les mécanismes qui les freinent et en rencontrant celles qui les ont surmontés, les jeunes filles de Dracénie ont désormais toutes les cartes en main pour, à leur tour, donner des « Elles » à la science.

L'événement a démontré que si la science est une quête de vérité, elle est aussi une quête d'égalité.

 

Contact : eric@oliveres.fr

 

TEXTE D’ÉRIC OLIVERES

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