YVES ROMOLI, UN ROTARIEN QUI SORT DU BOIS

Membre du Rotary club Manosque, Yves Romoli est connu dans le monde pour l’excellence des parquets qu’il fabrique de façon artisanale. Médaillé d’or en marqueterie massive au concours du Meilleur ouvrier de France (MOF) il crée des parquets aux motifs parfois complexes que l’on contemple aussi bien à l’ambassade de France à Téhéran, au parlement d’Ouzbékistan, sur le Queen Mary 2 ou au Kremlin…depuis la présidence de Boris Eltstine. Il nous fait partager sa riche expérience.

Image YVES ROMOLI, UN ROTARIEN QUI SORT DU BOIS

Comment êtes-vous devenu artisan spécialisé en marqueterie ?

Mon père était un ébéniste italien installé à Marseille après la Seconde Guerre mondiale. Je l’ai assisté dans son atelier dès l’âge de 10 ans, avant de passer un CAP et un brevet professionnel. Peu à peu mon père est devenu marqueteur car il y avait beaucoup de restaurations à entreprendre à Marseille, en particulier des beaux parquets du début du XIXe siècle. Puis il a décidé de se diversifier et a créé des parquets sur des navires connus : le Mermoz, Sovereign of the seas, Phocéa, Club Med 2 etc. Passionné par la vie de l’Homme et l’Histoire (j’aurai aimé être archéologue), j’ai recherché à relever de nouveaux défis tout en réalisant des ouvrages inscrits dans la durée. La marqueterie de haute qualité avec motifs est devenue ma spécialité.

 

Comment avez-vous acquis une notoriété mondiale ?

14 chefs d’État marchent ou ont marché sur des parquets Romoli. Comment une petite affaire familiale locale est-elle arrivé à ce résultat ? Tout est parti du choc pétrolier de 1973 où les commandes se sont effondrées. Il a fallu, avec mon père, se réinventer. La chance nous a souri avec la rencontre d’un dirigeant de Saint-Gobain qui nous a commandé un grand chantier à Marseille et nous a encouragé à nous faire connaître à Paris, lors de l’exposition Batimat. Louer un stand à plusieurs reprises a été très coûteux, mais nous a fait obtenir des clients tout d’abord en Suisse et au Royaume-Uni. La notoriété internationale débutait sans jamais s’arrêter. En 2010 mon entreprise a acquis le label EPV (Entreprise du patrimoine vivant) ; ce label gouvernemental souligne l’excellence artisanale et reconnaît un savoir-faire unique, ce qui renforce notre visibilité, même au-delà des frontières.

 

Quelle est la spécificité de votre entreprise ?

Je propose la matière première la plus adéquate, les bois les plus adaptés au projet du client. Je fabrique du décoratif en utilisant du bois de couleur, d’où la nécessité de bien choisir l’essence. C’est un peu un puzzle : il faut assembler des milliers de petits morceaux avec minutie. La marqueterie massive que je propose à 1cm d’épaisseur contre quelques millimètres pour les parquets classiques actuels. Cela permet de conserver le bois dans la durée et de le respirer car il continue d’être vivant. On restitue le bois quand le parquet est épais.

 

Transmettez-vous votre savoir à des jeunes ?

Les métiers d’art souffrent en matière de transmission du savoir car il y a un appauvrissement de la culture et de la notion du beau. La qualité et la durée du produit n’est plus la première préoccupation de l’immense majorité des clients, y compris les plus aisés. Nous avons changé d’époque, le prix est presque toujours le seul indicateur de décision du client.

Il est très difficile de trouver des jeunes prêts à prendre la relève dans le respect de la qualité exigée par l’entreprise. Je n’ai pas encore trouvé la perle rare pour me succéder. Dans une société en recherche de repères, je trouve que les jeunes ont du mal à sortir de l’adolescence et que beaucoup trop veulent exercer un métier dit « intellectuel ».  L’école n’encourage pas assez les élèves à se tourner vers les métiers manuels qui procurent pourtant de nombreux emplois concrets. Je me rappelle mes enseignants qui n’étaient pas en mesure de dire à leurs élèves quels étaient les métiers du futur… Heureusement, je n’ai pas eu à souffrir de tel questionnement car mon père m’a conduit vers le métier que j’exerce avec passion.

La marqueterie est un métier de patience et exigeant ; j’ai par exemple consacré 7 mois pour réaliser un parquet de 100 m2 destiné à un client de Floride.

 

Quels liens voyez-vous entre votre métier et le Rotary ?

Par mon métier j’apporte du bonheur en réalisant de belles choses…comme ce que fait le Rotary du plan local au plan international ! Mon état d’esprit est d’apporter la paix, et j’apprécie de rencontrer des personnes très diverses. Je le vis dans mon métier comme au Rotary.  Je respecte tous mes clients de la même manière, qu’ils soient princes ou anonymes. L’humilité est une valeur fondamentale.

Il est plus facile de faire du mal que du bien et j’apprécie les valeurs humanistes du Rotary, club de professionnels que je croyais élitiste avant d’y entrer. Ce fut un plaisir d’exercer la présidence du Rotary club Manosque en 2023-2024.

 

 

PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTOPHE COURJON

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