Elodie Bonafous

Voir ces étoiles dans mes voiles est une source de motivation

La jeune skippeuse, qui rêve de se lancer en solitaire pour le Vendée Globe 2028, met en attendant son navire au service du rêve des autres : celui des enfants malades épaulés par l’Association Petits Princes. PROPOS RECUEILLIS PAR MICHAËL DUCOUSSO

Image Elodie Bonafous
Depuis juin dernier, votre bateau porte fièrement les couleurs de l’association Petits Princes. Racontez-nous l’origine de ce partenariat ?


Cela fait cinq ans que je navigue avec le groupe Quéguiner [son sponsor, NDLR] et nous avons lancé, en 2024, la construction de l’Imoca inauguré l’an dernier
avec lequel je partirai pour le Vendée Globe 2028. Et notre idée, c’était de partager toute cette aventure avec une association, qui porterait à nos côtés ce projet de grande envergure. Lorsque l’on m’a parlé des Petits Princes, que je ne connaissais pas avant, j’ai tout de suite trouvé que cela avait du sens. D’abord, parce que tout ce qui touche à la santé a toujours été important pour moi. Avant de devenir skippeuse professionnelle, j’ai fait des études et travaillé dans des secteurs mêlant sport et santé, donc tout ce qui concerne ce monde-là, le médical et la prévention, m’intéresse beaucoup. Ensuite, je trouvais qu’associer la notion de rêve à un public d’enfants se rapprochait de mes valeurs, parce que toute ma carrière a été dirigée par mon rêve de petite fille, celui d’une enfant qui a vu Ellen MacArthur arriver deuxième du Vendée Globe et qui s’est dit qu’elle aimerait faire la même chose. C’est ce qui m’a portée et m’a aidée à franchir beaucoup d’étapes pour arriver à prendre un jour le départ de cette compétition.


Quels rêves d’enfants avez-vous permis de réaliser depuis le début de ce partenariat ?


Nous avons amené des petits princes et des petites princesses qui voulaient « voler » sur un bateau, naviguer en mer. Je leur ai montré comment fonctionne un voilier et ils ont barré un bateau qui volait [équipé de foils, le navire d’Élodie Bonafous s’élève au-dessus des eaux, NDLR]. Nous avons aussi réalisé le rêve
d ’ un autre petit prince à l’occasion de la Transat Café l’Or [ex-Transat JacquesVabre, NDLR], en fin d’année. Il souhaitait devenir reporter, et comme nous avons toute une équipe avec des compétences variées autour de nous lors d’une course au large, il a intégré cette équipe et m’a suivie sur la Transat en tant que journaliste pour le magazine Picsou. Il est venu visiter le bateau avant le départ, faisait des interviews, et a pris des nouvelles tout au long de la traversée. À notre échelle, nous avons essayé de participer au maximum à la réalisation des rêves de ces enfants. Nous avons aussi eu la chance de participer à des événements organisés par les Petits Princes, comme la célébration à l’Olympia du 10 000e rêve réalisé. C’était vraiment une soirée pleine de magie.


Vous vous attendiez à pouvoir soutenir de telles initiatives lorsque vous avez fait le choix de devenir sportive de haut niveau ?


Non, pas du tout, parce que quand j’ai commencé ma carrière de sportive et que j’ai commencé à rêver de tout cela, j’avais tout juste 10 ans. Mais aujourd’hui, cela me permet d’apposer mes valeurs à mon métier et ma passion. Cela donne une ligne de conduite et une autre dimension à mon accomplissement personnel de sportif. C’est important pour moi de donner ce sens, qui n’est pas égocentré, à ce que je fais. Et aujourd’hui, cela a même dépassé le cadre de notre partenariat avec cette association. Le fait de pouvoir rendre accessible la vie au large au public qui me suit, d’être en quelque sorte reporter pour ceux qui rêvent du monde de la mer, me permet d’ajouter une notion de partage à mon aventure personnelle.

Qu’est-ce que tout cela vous apporte lorsque vous êtes en mer ?


Quand je vois les émotions des enfants, j’ai des étoiles plein les yeux et quand je suis en mer, toute seule, dans des moments un peu durs, je pense que tous ces petits princes et ces petites princesses m’apportent un peu d’énergie et je suis contente de porter ce projet dans mes voiles. Cela m’aide aussi à relativiser, en cas d’avaries, ou lorsque je ressens de la fatigue, des douleurs… Je traverse des épreuves que j’ai choisies, alors que les enfants soutenus par l’Association Petits Princes se battent contre quelque chose sur lequel ils n’ont aucun pouvoir. Cela me porte énormé-
ment et je me dis que je n’ai pas à me plaindre. En plus, je trouve la symbolique du logo très belle, puisqu’il représente le Petit Prince entouré d’étoiles qui sont autant de rêves et, avant l’arrivée des systèmes GPS, les marins se repéraient grâce à elles. Donc voir ces étoiles dans ma grande voile est une source de motivation.


Évoquons maintenant votre rêve à vous : comment se prépare-t-on à un tour du monde en solitaire ?


Si je devais partir demain, je serais angoissée comme jamais. Mais je pense que je le serai aussi en 2028, quoi qu’il arrive. Car la particularité d’un premier Vendée Globe – contrairement à d’autres sports et d’autres épreuves pour lesquelles on peut s’entraîner – c’est justement que l’on part dans l’inconnu, car on ne
peut pas partir s’entraîner à faire le tour du monde avant. Les plannings annuels, avec d’autres courses sur la saison sportive, sont déjà trop chargés. Du coup, il y a forcément cette notion d’inconnu, de mer qu’on ne connaît pas et aussi de durée de course qui est un peu aléatoire selon les conditions météo, et qui peut entraîner une solitude de plusieurs mois, même si le record actuel est de 64 jours. Donc le jour du départ, je pense que je ne ferai pas la maligne sur les pontons. C’est un énorme challenge personnel, sportif et humain. Cela demande plusieurs années de préparation pour être hyper polyvalente une fois en mer. Il faut acquérir une connaissance technique du bateau et de ses performances, pour le faire naviguer correctement, mais aussi savoir l’entretenir pendant plusieurs mois, seule en mer. Il faut également acquérir toutes les connaissances météo et stratégiques, parce qu’il faut vraiment optimiser sa route. Et enfin, il y a toute une préparation physique et mentale. Ma chance, c’est que ce projet a été lancé voilà quatre ans et que le bateau, qui était déjà en construction à l’arrivée du dernier Vendée Globe, est d’ailleurs le sister-ship [le navire-jumeau, bâti avec les mêmes caractéristiques, par le même chantier naval, NDLR]de l’Imoca de Charlie Dalin
qui a gagné la compétition.


C'est un défi d’autant plus impressionnant que vous avez passé relativement peu de temps en mer en solitaire sur votre nouveau navire. Lors de la transat café l’Or vous étiez épaulée par Yann Eliès. Qu’avez-vous prévu pour vous familiariser un peu plus avec votre IPoca ?


La première année, nous avons beaucoup navigué en double ou en équipage. Mais il est justement prévu que je passe plus de temps en solitaire, avant le Vendée
Globe. Je pars en juin pour une course qui s’appelle la Vendée Arctique, qui devrait durer deux semaines en solitaire. Avec les autres participants, nous partirons
au niveau du cercle polaire. Ce n’est pas le même parcours que le Vendée Globe, mais c’est quand même un endroit où la météo n’est pas clémente, même en été, et où nous risquons de croiser pas mal de tempêtes. Je participerai aussi à la Route du Rhum à la fin de l’année, qui sera ma première traversée de l’Atlantique en solitaire, parce que, jusqu’à présent, je l’ai toujours traversé en double. Donc je vais avoir plusieurs occasions d’accumuler des compétences et de l’expérience supplémentaire, avant 2028, même si ce ne sera pas à l’échelle d’un Vendée Globe.

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