Pourquoi le changement climatique est-il l’affaire du Rotary ?

29/03/2019 - Entretien avec Barry Rassin

Les Rotariens comprennent que le monde entier est leur pré carré. Ils peuvent constater les conséquences du changement climatique autour d’eux et n’ont pas attendu pour passer à l’action. Comme ici, Barry Rassin participant à une action de plantation de mangroves aux Bahamas.

Image Pourquoi le changement climatique est-il l’affaire du Rotary ?

80% des terres aux Bahamas sont situées à moins de 1,5 m au-dessus du niveau de la mer. Cela signifie que si le niveau des océans augmente comme le prédit la communauté scientifique, la propriété au sommet de l’Île de Nouvelle Providence du président du Rotary International Barry Rassin pourrait un jour se retrouver en bord de mer. « Je songe à mon propre pays, le changement climatique est une question quasiment personnelle. Mon pays va disparaître si l’on ne fait rien. » dit-il.

L’environnement ne figure pas parmi les six axes stratégiques du Rotary, mais il s’imbrique dans chacun d’entre eux. Diana Schoberg, du magazine The Rotarian, s’est entretenue avec Barry Rassin pour évoquer pourquoi et comment les Rotariens peuvent mettre le bien-être de la planète à l’ordre du jour.

 

THE ROTARIAN : Pourquoi les Rotariens devraient-ils se soucier du changement climatique ?

BARRY RASSIN : Nous nous soucions de notre monde. Nous voulons que notre monde soit un endroit où il fait meilleur vivre et cela n’implique pas seulement nos six axes stratégiques. Cela va plus loin. Nous devons considérer le monde dans son ensemble et voir comment l’améliorer. Si nous perdons des pays du fait de la montée des océans, si des phénomènes plus violents menacent nos ressources ou détruisent notre gagne-pain, cela signifie qu’un nombre croissant d’entre nous se retrouvera dans le besoin. Se soucier de l’environnement contribue à notre mission ultime, et nous devons lui accorder l’importance qu’il mérite. En tant qu’organisation humanitaire, nous sommes obligés d’en parler. Nous devons avoir cette conversation. 

 

TR : Quelles sont les réactions des Rotariens qui vous entendent parler du changement climatique ?

BR : Beaucoup de réponses sont positives. Environ 95% me disent qu’il est grand temps que le Rotary parle de l’environnement. Ils affirment qu’il est temps que les administrateurs de la Fondation Rotary songent à nous aider à comprendre quelle est la relation entre l’environnement et les six axes stratégiques. Les gens attendent cela depuis longtemps. Nous plantons des arbres, mais la conversation s’arrête là.

 

TR : Que diriez-vous aux 5% restant ?

BR : J’ai reçu une lettre très négative me disant que je faisais un excellent travail tant que je ne parlais pas de changement climatique. En fait, le terme utilisé dans cette lettre était « réchauffement climatique », mais je n’ai jamais utilisé ces mots. On a interprété mes paroles. Le changement climatique reste néanmoins un sujet dont nous devons parler.

 

TR : Comment parlez-vous du changement climatique ? Y-a-t-il des idées autour desquelles les Rotariens peuvent se rassembler ?

BR : Je parle de l’environnement. Personne n’a de problème avec ce terme. Je parle de la montée des océans, et cela ne les offusque pas. Je n’utilise pas le terme « réchauffement climatique ». C’est la seule chose qui agace les gens. Ils prétendent que cela n’existe pas.

Je ne porte pas de jugements. Je cite simplement des faits. Je dis que les choses changent : 2017 a été une année avec des ouragans dévastateurs. Ces choses se produisent. Vous pouvez appeler cela comme vous le voulez, mais nous avons besoin de nous pencher sur l’environnement et d’en parler.

Avec la polio, des gens disent « Très bien, c’est juste une question de santé ». Mais quand vous parlez de l’environnement, les gens trouvent que c’est politique. Je ne parle pas de politique. Je parle de notre monde et de comment nous pouvons l’améliorer. Avec tous les Rotariens que nous avons à travers le monde, nous sommes bien placés pour avoir un impact.

 

TR : Pourquoi le Rotary est-il idéalement placé pour avoir un impact ?

BR : Notre force est notre présence dans quelque 200 pays et territoires, et nos membres ont des relations avec des gens bien placés. Prenez notre programme d’éradication de la polio : ce n’est pas parce que nous fournissons le vaccin que c’est une réussite. C’est parce que des Rotariens étaient en mesure de s’adresser aux bonnes personnes, d’apporter le soutien voulu et de faire le bon choix. Si nous faisions cela avec l’environnement, les gouvernements nous écouteraient.

 

TR : Que peuvent faire d’autres les Rotariens ?

BR : J’ai demandé aux Rotariens ce qu’ils pouvaient faire dans leur région. Aux Bahamas, par exemple, nous pouvons planter des mangroves pour que nos côtes résistent mieux aux orages sévères. Suite à une de mes interventions aux Pays-Bas sur l’environnement, j’ai reçu un e-mail me disant que si nous avions besoin d’aide aux Bahamas, ils étaient prêts à nous envoyer des experts pour nous assister.

Beaucoup de Rotariens souhaitent faire quelque chose, mais ils ne savent pas quoi. Je pense que c’est là que réside en partie le problème. Les Rotariens aiment les solutions. Si nous apprenons qu’un village n’a pas d’eau, nous pouvons les approvisionner. Nous savons comment le faire et nous le faisons bien. Par contre, le changement climatique est une question complexe. Comment trouver une solution complexe ?

 

TR : Le moment est-il venu pour le Rotary d’avoir un impact sur le changement climatique ?

BR : Je pense que le Rotary est aujourd’hui prêt à lancer la conversation. Je ne pense pas que nous puissions aller beaucoup plus loin pour l’instant. Un de nos handicaps en tant qu’organisation est notre complexité et la variété des causes que nous défendons. Par conséquent, nous devons faire preuve de discipline si nous voulons rallier tout le monde autour d’une cause. Cela nécessitera probablement un président du Rotary qui en ferait sa priorité no 1. Cela aurait un impact, et le monde se rallierait autour de cette priorité. Si le Rotary doit compter, nous devons alors nous pencher sur l’environnement.

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