Enquêtes sur les sondages

Le sondage joue un rôle politique puissant en France, quoi qu’indirect. Si le Français se défend d’être influencé par les enquêtes d’opinion, il apparaît que celles-ci revêtent une importance non pas pendant la campagne électorale, mais auparavant. TEXTE DE JÉRÔME SAINTE-MARIE

Image Enquêtes sur les sondages

L’effet politique des sondages constitue un sujet sur lequel chacun a une opinion, parfois dépréciatrice pour ses concitoyens. Il y a une dizaine d’année, un sondage de l’IFOP indique que 59% des Français considèrent que « les sondages publiés au moment des périodes électorales, par exemple en campagne présidentielle » ont « une forte influence sur le vote des électeurs ». Dans le même temps, seuls 15% pensent que ces sondages ont une forte influence « sur leur propre vote ». À travers cette construction en abîme – solliciter par sondage l’opinion sur les sondages – on mesure la force du préjugé : l’influençable, c’est l’autre.

Il ne s’agit pas de nier le rôle que jouent les sondages, non pas sur la formation des opinions mais sur leur transformation en acte, c’est-à-dire le vote. Dès 1939, George Gallup, grand popularisateur des études d’opinion et fondateur d’un institut célèbre, évoque un « effet bandwagon » favorisant le candidat donné en tête. Ainsi le fait d’annoncer par voie de presse que le candidat A l’emporterait sur le candidat B dans les intentions de vote découragerait les partisans du second et drainerait les indécis vers le premier. On oppose à cette idée un « effet underdog », l’avantage donné au candidat A étant plus que compensé par une surmobilisation en retour des sympathisants du candidat B. Par exemple, lorsqu’à quelques semaines du référendum sur le traité de Maastricht, en septembre 1992, le « non » avait été donné gagnant, les partisans du « oui » purent dramatiser l’enjeu et finalement l’emporter.

À vrai dire, le débat récurrent à propos de la force relative de ces deux effets est assez vain. Il suppose un effet direct de la lecture des sondages par les citoyens, chose assez rare hors période électorale. Avant d’envisager les effets indirects des sondages, autrement importants, il faut retenir que dans certaines circonstances, notamment à la fin des campagnes électorales, cela peut arriver. Le souvenir du 21 avril 2002 s’impose. Si un ou plusieurs instituts de sondage avaient alors annoncé que Jean-Marie Le Pen serait au second tour, cela aurait très probablement provoqué un retour d’électeurs de gauche dispersés vers le candidat principal de leur camp, Lionel Jospin. Il en aurait d’ailleurs résulté que les sondages auraient été démentis, puisque ces mouvements se seraient produits en toute fin de course. La plupart du temps, cependant, les électeurs se servent des sondages dont ils ont connaissance de manière simple et logique : cela s’appelle le vote utile. Il s’agit donc de concentrer les votes sur le représentant de sa mouvance le mieux placée. Cela joue donc au sein d’un même univers idéologique, ce qui est particulièrement net lors des primaires partisanes, mais très peu fréquent entre candidats de sensibilité vraiment différente...

Vous n'avez lu que 10% de cet article.

Pour lire la suite :

Dans la même rubrique

Image L'espace peut-il être durable ?

L'espace peut-il être durable ?

Le 23 avril dernier, quand Thomas Pesquet quitte le sol terrien pour rejoindre la Station spatiale internationale (ISS), le spationaute…

Lire

L'invité
du mois

YVAN BOURGNON

YVAN BOURGNON

« Quand j'ai constaté que mon terrain de jeu était anéanti, c'est devenu une évidence de le nettoyer »


  Qu'avez-vous éprouvé après votre tour du monde en 2013 ? Je me suis posé. J'étais moins dans la frénésie de l'hyperactif qui fonce tout le temps. Le fait…
Lire l'article complet