Une éthique naturelle pour une intelligence artificielle

Des succès récents, comme les victoires au jeu d’échecs, au poker, et aussi la mission des robots martiens, la voiture autonome, la reconnaissance de la parole, ont fait entrer l’intelligence artificielle (IA) dans notre vie quotidienne. Mais l’IA suscite aussi des inquiétudes, parfois alimentées par des représentations relevant de scénarios de science-fiction. Elle demande ainsi un encadrement réglementaire pour garantir son caractère éthique. TEXTE DE JEAN-PAUL HATTON

Image Une éthique naturelle pour une intelligence artificielle

Considérée comme « la science du bien et du mal », l’éthique prend une place de plus en plus importante dans notre société. Il faut distinguer l’éthique de la morale. La morale est contraignante, l’éthique recommande et nous engage à une réflexion sur les valeurs qui orientent et motivent nos actions. Elle englobe la déontologie qui s’intéresse aux bonnes pratiques d’une profession.
L’éthique rappelle le fait que ce qui est technologiquement possible n’est pas toujours humainement souhaitable. Il s’agit donc d’identifier les risques et de s’assurer que le développement de l’IA s’effectue réellement au service de l’humanité. Nos sociétés ont toujours eu à prendre en compte les aspects éthiques liés à de nouvelles technologies : énergie nucléaire, armes biologiques ou nucléaires, manipulations génétiques, biotechnologies.

Aspects éthiques liés aux données
Une grande partie des développements de l’IA repose sur une utilisation de grandes bases de données d’apprentissage. Le premier enjeu est la protection des données personnelles : données génétiques, biométriques, des condamnations pénales ainsi que toutes données sur l’origine raciale ou ethnique, les opinions politiques, l’appartenance syndicale, etc.
Les données collectées sur des personnes, souvent à leur insu, peuvent être utilisées pour influencer les décisions à prendre. Il existe un danger de manipulation des personnes. L’IA est de fait un outil efficace pour donner le coup de pouce permettant d’infléchir le comportement d’une personne. L’application Tiktok, qui compte en 2020 plus d’un milliard d’utilisateurs, pose plusieurs questions éthiques du fait de sa proximité avec le gouvernement chinois : collecte de données personnelles, censure, désinformation.
L’Europe use du dispositif le plus avancé au monde. S’inspirant de la loi française Informatique et Libertés (1978), l’UE a introduit en 2018 le règlement général sur la protection des données personnelles (RGPD). Son but est de permettre aux entreprises européennes de développer leurs activités numériques dans un contexte juridique égalitaire et compétitif. Ces entreprises deviennent responsables des données à caractère personnel qu’elles collectent et de leurs usages, en respectant les principes suivants :
-    loyauté et transparence : ce qui est traité doit correspondre à ce qui a été expliqué à la personne concernée,
-    minimisation des données : celles recueillies sur un sujet doivent être « adéquates, pertinentes et limitées à ce qui est nécessaire au regard des finalités pour lesquelles elles sont traitées »,
-    portabilité des données (comme c’est déjà le cas pour le téléphone),
-    droit d’accès accordé à chacun pour les données le concernant,
-    finalité : les données sont utilisées aux fins ayant justifié la collecte.
La question dépasse le cadre européen. Ainsi, la Cour de justice de l'Union européenne a invalidé en juillet 2020 le bouclier de protection des données UE-États-Unis (Privacy Shield). Cet accord, qui régit les transferts de données entre l'UE et les États-Unis, était supposé garantir aux données personnelles des citoyens européens une protection équivalente à celle du RGPD lorsqu'elles sont traitées outre-Atlantique. La Cour a estimé que ce n'était pas le cas, les autorités publiques américaines ayant un accès très permissif à ces données, notamment par leurs programmes de surveillance.

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