Katrina Koppel

L'unité dans la diversité est bien plus qu'une simple phrase

Vice-présidente de l’ Union des étudiants européens(ou ES U pour European Students’ Union, en anglais), Katrina Koppel défend les intérêts de la jeunesse européenne dans toute sa diversité. Avec son organisation, elle porte ainsi aux oreilles des députés la voix de 20 millions d’étudiants issus de 39 pays. Texte de Michael Ducousso

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On dit souvent que l’Union européenne nous a apporté plus de 50 ans de paix. C’est important, mais ce n’est pas sa seule contribution majeure. Qu’a-t-elle apporté aux jeunes et aux étudiants ?


La paix est importante, c’est sûr. Dans de nombreux pays européens, les étudiants ont d’ailleurs été historiquement aux avant-postes des combats pour la paix. Mais, pour les jeunes et les étudiants, l’inter nationalisation ne se résume pas qu’à une existence paisible, cela a aussi apporté un monde plus égalitaire et mieux développé dans lequel vivre. L’un des bienfaits de l’U.E., c’est la cohésion accrue des politiques publiques, notamment celles liées à l’éducation.Par exemple, le travail que la Commission a fait avec le processus de Bologne a clairement aidé à mettre en place une politique de l’éducation plus unifiée. Grâce à ces travaux d’unification, le financement de l’éducation a connu une augmentation générale ces dernières années.


Malgré ces progrès, que reste-t-il à faire pour défendre les étudiants européens ? De quoi ont-ils besoin aujourd’ hui ?


Je pense que la chose la plus fondamentale est que ceux qui ne sont pas encore étudiants puissent avoir les moyens de le devenir. Ce n’est pas quelque chose d’évident, que ce soit pour les citoyens de l’U.E.ou ceux des autres pays. L’accès gratuit et égal à l’éducation est de plus en plus considéré comme un droit humain, mais le fait de le considérer comme tel ne garanti tpas que chacun puisse vraiment y avoir accès.
L’accès aux études supérieures pour des jeunes en situation de handicap ou issus de minorités ne pourra vraiment être obtenu que grâce à des actions significatives. L’ Union européenne a fait de ces questions des sujets très discutés, mais il faut encore mener un important travail concret là-dessus et fixer des objectifs à atteindre.
La recherche, l’éducation et l’apprentissage tout au long de la vie sont des éléments-clés si l’on veut améliorer la mobilité et le bien-être social, si l’on veut répondre à des challenges globaux et permettre une mobilité internationale. Il est essentiel que des pays européens œuvrent ensemble pour un enseignement supérieur de grande qualité et fassent tout leur possible pour correspondre aux principes-clés ratifiés lors du processus de Bologne.


Le Programme Erasmus est l’un des plus emblématiques de l’ U. E. Pourquoi est-il si important, selon vous?

Erasmus est sans doute le programme de l’Union qui a connu le plus grand succès et l’U.E. le sait bien. Erasmus a lancé et maintenu un aspect de l’éducation – l’internationalisation et la mobilité– qui serait totalement différent aujourd’hui si le programme et le fond qui va avec n’avaient pas été mis en place. En plus de servir de moteur à l’éducation, le programme Erasmus a également contribué au développement de l’Europe et à l’évolution de sa société civile, grâce aux projets qui ont été financés, à la facilitation des expériences internationales, à la coopération entre les pays et les institutions... Le renouvellement continu du projet depuis ses débuts prouve bien qu’il a rempli sa mission.


Et pourtant, malgré son importance, des étudiants et des personnalités publiques ont dû se mobiliser pour sauver le programme en 2012. Pourquoi faut-il constamment se battre pour le sauvegarder?

C’est regrettable que les étudiants aient à se battre pour assurer le maintien de ce programme et du fonds qui va avec. Mais l’éducation est traditionnellement un des premiers domaines qui subit des coupes budgétaires lors de périodes de ralentissement économique. La raison la plus importante que je peux évoquer pour faire comprendre à quel point il est primordial de continuer à financer le progra mme Erasmus, c’est l’écart qu’il permet de combler dans les différents domaines éducatifs en Europe. Sans ce financement, les pays, les individus et autres organisations qui le demandent et le reçoivent ne pourraient pas mener à bien les coopérations et projets internationaux de grande ampleur qu’ils entre prennent , ni mettre au point les innovations qu’ils conçoivent. Quand on étudie dans le détail les avancées permises par l’outil qu’est Erasmus, que cela concerne la mobilité des étudiants ou même celles des enseignants et chercheurs universitaires, on se rend compte que sans ça, on n’en serait pas du tout au même niveau de développement et de cohésion qu’aujourd’hui. L’arrêt de ce processus, ou même un retour en arrière,seraient véritablement regrettables.


À la suite de la mobilisation de 2012, le programme a plutôt connu une accélération, avec un meilleur budget (14,7 milliards d’euros pour la période 2014-2020). Est-ce que c’est sufisant, selon vous, ou faut-il aller encore plus loin?

Ce n’est pas un secret que l’ESU et d’autres organisations, comme la Coalition Erasmus, avaient demandé une multiplication par dix du budget d’Erasmus. Actuellement, nous espérons que les fonds alloués à Erasmus seront doublés ou triplés pour la prochaine période budgétaire. Cela représente une augmentation substantielle, mais de nombreux domaines d’action ont été ajoutés au programme Erasmus, et cela signifie que cette augmentation sera consacrée à ces nouvelles missions plutôt qu’à répondre aux priorités existantes telles que la mobilité des étudiants dans l’enseignement supérieur. Si l’on regarde le budget actuel, je pense qu’il apparaît assez clairement qu’une enveloppe de 14,7 milliards n’est pas suffisante pour répondre aux besoins existants concernant le soutien de l’internationalisation et de la mobilité. Erasmus n’a pas été conçu comme un programme auquel l’accès était conditionné par le statut socio-économique des étudiants. Cependant, du fait du manque de soutien par le biais de subventions pour les étudiants handicapés, Erasmus est actuellement plus accessible pour les étudiants issus de milieux aisés, qui peuvent financer eux-mêmes les accompagnements dont ils ont besoin. Cela a déjà été prouvé ces dernières années par les publications d’Eurostudent et notre rapport Bologna With Student Eyes.
Outre les lacunes en matière de financement, nous craignons également que, dans une situation de ressources limitées, celles-ci n’aient pas été dépensées de manière appropriée malgré les conseils donnés à l’U.E.par les différentes parties prenantes. L’Erasmus Master Loans, par exemple, est une ligne budgétaire avec laquelle l’U.E.visait initialement à accroître la mobilité des étudiants au niveau de la Maîtrise. Nous avons souligné les nombreuses lacunes de ce système, notamment les conditions d’accès restrictives et les taux d’intérêt défavorables. La Cour des comptes a également souligné l’inefficacité de cet «investissement», ce qui confirme encore notre argument, malheureusement après coup, alors que le budget était déjà dépensé.


Quels sont vos craintes et vos espoirs concernant les prochaines élections et cequ’elles pourraient impliquer pour les étudiants?

Personnellement, mon plus grand espoir est de voir une augmentation de staux de participation des jeunes et des étudiants. Ces deux groupes sont statistiquement les plus enclins à défendre des valeurs progressistes, mais également les plus enclins à s’abstenir de voter. Nous n’attendons pas seulement une meilleure participation de ces groupes parcequ’ils ont certaines convictions politiques, nous espérons qu’ils participent plus, car le système politique actuel est déséquilibré et les jeunes électeurs y sont sous-représentés.

L'influence des lobbies au Parlement européren est souvent critiquée, mais l'ESU, par exemple, agit afin de mieux informer les besoins des étudiants européens. Pourquoi est-ce important pour eux d'être représentés par une entité unique ?

Je pense que la qualité la plus importante d’une voix étudiante unie, comme pour tout autre mouvement social, c’est que nos voix sont plus fortes ensemble. Il aurait été extrêmement difficile de réaliser ce que nous avons fait si nous avions ag iséparément au lieu de travailler ensemble. L’ESU rassemble les étudiants de toute l’Europe, avec leurs différences et leurs similitudes, permettant ainsi d’échanger et de développer de bonnes pratiques. Notre organisation nous donne également le pouvoir de nous mobiliser pour les étudiants sur certains sujets et dans certains pays où les gouvernements ne veulent pas entendre leur voix. Je pense que l’unité dans la diversité est bien plus qu’une simple phrase, c’est une idée que nous nous efforçons d’embrasser et d’incarner au quotidien.

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